Le millionaire de vingt heures (troisième et dernière partie)

Publié le par Matthieu C.

Je fus interrompu dans mes réflexions par le présentateur annonçant l’avant-dernière question:

“Gérard [tiens, le candidat médecin s’appelait donc Gérard],nous jouons maintenant [non pauvre con, Gérard est le seul à jouer de l’argent, les autres jouent pour de faux] pour 2.000.000 francs. Voici donc l’avant-dernière question: La cantatrice Maria Callas est née à...

A- Athènes                                                                                                  B-Rome

C- Mexico                                                                                                   D- New York”

 

Chez nous, un murmure parcourut la dizaine de clodos assis là. Tous ne faisaient que murmurer, de peur de déranger le boulanger. Apparemment, ils disaient tous la même chose, et j’étais bien d’accord avec eux: c’est quoi cette question à la con ? La réponse semblait tellement évidente pour une question à 2.000.000, y devait bien y avoir un truc non ? Parce que franchement, la réponse A collait à Maria Callas comme la mouche à la merde.

Pourtant, pendant que les clodos chuchotaient, le candidat semblait réfléchir. Et on a tous entendu le boulanger tousser pour attirer l’attention (il ne disait rien, mais tenait tout de même à garder son public attentif), puis, une fois le calme revenu, annoncer d’une voix forte:

“Réponse D- New York”.

Evidemment, c’était la bonne réponse. Je me demandais vraiment comment le boulanger faisait pour savoir tout ça, pourquoi personne ne l’appelait “prof”, et d’autres questions à la con dans le genre.

 

Je ne regardais même plus la télé, je regardais les autres qui avaient l’air aussi épatés que moi, mais qui étaient aussi tendus, un peu comme si ils avaient placé toutes leur espérance dans le boulanger, un espérance de pas grand chose en fait, mais un truc qui les faisait penser que ce monde n’était peut-être pas totalement merdique, qu’un clodo pouvait être aussi bon qu’un mec inséré et tout. Tu perds tous tes espoirs quand tu tombes dans la rue, y’a pas de rêves quand tu fais la manche, et le boulanger semblait quand même leur donner une part de rêve, ils rêvaient tous devant ces 4.000.000 francs que le candidat allait peut-être avoir, et que le boulanger aurait autant mérité que le candidat...

 

Le boulanger réclama le silence au moment où Jean-Pierre Foucault annonçait la dernière question:

 

“Voici la question à 4.000.000 francs. C’est la dernière de notre jeu, et je tiens d’ors et déjà à signaler que vous êtes un candidat exceptionnel. Mais attention, voici la dernière question:

Laquelle de ces villes allemandes se trouve sur la rive droite du Rhin ?

 

A- Cologne                                                                                                    B- Düsseldorf

C- Bonn                                                                                                        D- Mayence”

 

Immédiatement, le boulanger a tranquillement déclaré:

“Réponse A- Cologne”.
 

Le candidat réfléchissait, et chez nous, tous les clodos haranguaient la télé : “Mais réponse A putain, mais t’es trop con, mais vas-y, le boulanger a trouvé”... Une certaine agitation que je ne pouvais pas métriser montait dans l’assemblée, pendant que le candidat continuait à réfléchir, et il me semblait à cet instant qu’il ne répondrait jamais. A la différence de candidats réfléchissant à haute voix, lui ne parlait que très peu, et avait réussi à atteindre l’ultime marche. Il bu un verre d’eau, se racla la gorge, chercha ses mots, et annonça, en regardant Jean-Pierre Foucault:

“Je pense qu’il s’agit de Düsseldorf, réponse B, et c’est mon dernier mot Jean-Pierre”.

Les clodos riaient, félicitaient le boulanger, lui, un clodo, qui avait battu un candidat vêtu en costume trois pièces, le candidats qui n’allait gagner que 300.000 francs, alors que le boulanger aurait pu tout gagner, quelle revanche quand même !!!

Le présentateur fit durer le suspens quelques secondes, puis fini par annoncer:

“La ville allemande qui se trouve sur la rive droite du Rhin est... Düsseldorf, Bravo Gérard, vous venez de gagner 4.000.000 francs !”

 

Chez nous, les rires ont laissé la place à un abattement total, et personne ne prononça un mot tandis que le boulanger, sourire au lèvres, se leva pour aller remplir sa tasse de mauvais café, et je crois que je suis le seul à l’avoir entendu murmurer “Rêvez pas, ça mène à rien”.

 

Publié dans C'est pas drôle

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yaelz 17/10/2005 13:28

Excellent, Matthieu.

Salomé 16/10/2005 17:05

Matthieu : Oui très étonnant... Ce que tu dis est vrai si l'esclave rêve qu'il EST libre, pas s'il rêve qu'il VEUT ETRE complètement libre.

Bee_human 16/10/2005 16:53

Quand je pensais au pire, je pensais à une happy end avec le boulanger qui répond à tou et que l'on comprenne pourquoi on l'appelait le boulanger.

Ben, finalement non et c'est bien mieux comme cela.

matthieu 16/10/2005 16:04

Merci TANT BOURRIN !
SALOME: Je suis pas d'accord ! (c'est étonnant non ?) S'il rêve, l'esclave ne sera jamais libre. Parce qu'il ne cherchera pas les moyens de se libérer physiquement, puisqu'il est libre moralement.
SAOUL FIFRE > Je viens enfin de comprendre !!! Oui je suis un peu mou du bulbe et alors ?
EPICTETE > Merci !
MANOU > Les boulangers, ce sont quand même des gens biens !
LA MOSCA >Ben merci !
BEE HUMAN > Tu pensais à quoi quand tu pensais au pire ?

Bee_human 16/10/2005 15:54

Hier, je craignais le "pire". Finalement, la chute est très bonne.