Le vide n'est pas forcément néfaste (dexième partie)

Publié le par Matthieu C.

Par une belle journée d’octobre 2006, il avait pris la décision de se retirer dans un endroit où les risques étaient les plus faibles possibles. Après avoir successivement pensé à l’hôpital (mais c’est là que sont concentrés tous les microbes), à son bureau (mais ses collègues continueraient à venir, et du monde extérieur en plus), à sa maison (mais si jamais il lui arrivait quelque chose, il serait obligé de sortir et d’aller en ville où il risquait de croiser des foules de malades), il avait pensé à cette cellule de l’hôpital psychiatrique, dans laquelle son beau-frère avait été enfermé après avoir tenté de poignarder un gardien avec une poignée de bilboquet, alors qu’il se trouvait à l’hôpital pour une grosse dépression.

Peu de personnes avaient à l’époque conscience de ce qui se tramait. Bien sûr, les médias évitaient d’en parler, de peur d’affoler une population pour laquelle on ne pouvait de toutes façons rien. Enfin, c’était l’analyse qu’en faisait Euripide Khorthos, qui ne pouvait s’appuyer sur aucun autre élément tangible que son bon sens et ses connaissances. S’il était l’un des premiers à savoir, c’était à cause d’un hasard énorme ;

 

Il était visiteur médical. C’est à dire qu’il faisait le pied de grue chez des médecins qui le méprisaient ouvertement, afin de leur vendre le dernier médicament « révolutionnaire » (en fait, l’emballage, la couleur et le prix avaient changé, toutes choses demeurant égales par ailleurs) produit par le laboratoire (mondialement connu) qui l’employait. Un jour, il avait participé à un repas plus qu’arrosé avec une femme médecin, avec qui il pensait pouvoir « avoir une ouverture », comme il le disait quand il racontait cet épisode pourtant peu glorieux de sa carrière. A la sortie, un contrôle de routine avait surpris 2,15 grammes d’alcool dans son sang, qui ne demandaient pas mieux qu’à être évacués après une lourde nuit de sommeil (en plus, il ne s’était rien passé avec cette femme). Son permis lui avait immédiatement été retiré, et après une nuit en cellule de dégrisement, entre le vomi d’un ivrogne et la pisse d’un clochard, il avait pu rentrer chez lui. En train. Et prévenir son entreprise. Et, deux jours plus tard, recevoir une lettre de convocation pour un entretien préalable à un licenciement, conformément à l’article L 122-14 du code du travail, comme le précisait le courrier.

 

 Alors qu’il se rendait au siège du laboratoire, il avait voulu se rendre aux toilettes (et il n’avait d’ailleurs pas fait que vouloir, il s’y était rendu), mais s’était trompé d’étage. Il avait atterri dans les toilettes des têtes scientifiques pensantes du laboratoire, dans lesquelles deux hommes, entrés peu après lui, discouraient sur l’insuffisance de traitements à la disposition des pouvoirs publics pour enrayer une épidémie massive de grippe aviaire, dont on venait de leur faire part du premier cas découvert sur le territoire français. Le membre à la main, ces deux médecins ne pensèrent pas une minute qu’un type, assis sur les toilettes derrière la porte qui se trouvait légèrement en retrait à leur droite, avait tout entendu et réfléchissait à toute vitesse au moyen de se sortir de ce merdier, tout en se fichant comme de sa première pipe de l’entretien qu’il allait devoir affronter. Il ne s’y rendit d’ailleurs pas, préférant fuir chez lui et cogiter sur le meilleur moyen de vivre sans être attaqué par cette grippe qui avait (à ce qu’il avait compris, il n’était pas scientifique du tout) mutée sur un cochon, prenant la forme de contamination de la grippe classique mais restant, dans ses effets, grippe aviaire (virus H5N2).

 
[à suivre…]

Publié dans C'est pas drôle

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saoul-fifre 22/10/2005 08:29

Oops : le nez VASTE n'est pas forcément vide

saoul-fifre 22/10/2005 07:34

Et le nez faste n'est pas forcément vide.