Le vide n'est pas forcément néfaste (troisième et dernière partie)

Publié le par Matthieu C.

Le seul problème était d’arriver à se faire admettre à l’hôpital psychiatrique (par les temps qui courraient, de plus en plus de personnes présentaient toutes les qualités requises pour se faire enfermer, et moins d’une sur trois l’était effectivement) et surtout, à se faire enfermer en cellule d’isolement.

Mais ça, il avait le temps d’y penser. En effet, il avait besoin de trois mois pour tout préparer pour l’après-épidémie, puisqu’il allait s’en sortir. Du moins en était-il convaincu. Il avait fait déposé suffisamment d’argent sur son compte pour honorer deux fois toutes les factures qui se présenteraient, avait effectué un grand ménage chez lui (sa mère aurait été fière), et cassé les côtes du chat avant d’aller le faire piquer (il ne voulait pas laisser la pauvre bête mourir de faim, il avait donc préférer que le vétérinaire se charge de la fin du minet, mais les vétérinaires ne piquant pas pour rien, il avait eu l’idée des côtes brisées).

 

Il avait fini avec deux semaines d’avance sur son programme initial, et pouvait maintenant mettre son projet d’internement à exécution, son projet de sauvetage en fait.

 

Il s’était rendu à l’hôpital psychiatrique s’ était présenté au docteur Z en lui déclarant avoir de fréquentes idées noires, que même un coktail xanax lexomil prozac n’arrivait pas à endiguer. Le docteur ne voyant pas la nécessité d’un internement, mais simplement d’un suivi régulier, il avait fallu qu’Euripide trouve rapidement une autre solution. Mais comme il ne voyait pas laquelle, il s’était résolu à dire la vérité au médecin. Qu’il avait peur, une peur panique de ce qui allait certainement se produire, qu’il n’avait pas trouvé de meilleure place qu’une cellule capitonnée avec interdiction des visites, que c’était son dernier espoir, que sinon il allait se suicider, et surtout, surtout, qu’il faisait des rêves terribles la nuit. Cette dernière information intéressa le psychiatre au plus haut point, qui décida d’accepter d’hospitaliser Euripide, en échange de quoi, celui-ci devait noter ses rêves dans un petit cahier bleu à spirales, et le donner au docteur Z, qui viendrait avec un masque sur la bouche s’entretenir une fois par semaine avec son patient.

 

Il était rapidement apparu au docteur Z que son patient n’était pas plus névrosé ni plus psychosé que la plupart de ses contemporains. Il voulu cependant comprendre comment un homme normalement névrosé en était arrivé à la conclusion que son salut se trouvait dans une cellule capitonnée. Au fil des entretiens, il comprit que non, il n’y avait rien à comprendre. Ce type avait eu cette idée comme ça, et il n’y avait aucun cheminement inconscient derrière tout ça. Les entretiens lui paraissant à présent inutiles, le docteur Z ne venait voir Euripide que pour s’entretenir avec lui, de tout et de rien, bref, discuter comme le feraient deux voisins que rien ne rapproche si ce n’est une haie commune.

 

Le docteur Z demanda cependant à Euripide quand il comptait sortir. Celui-ci répondit qu’il ne sortirait que lorsque l’épidémie serait officiellement terminée, et qu’il était prêt à mourir dans cette cellule capitonnée plutôt que de devoir affronter la grippe aviaire. Lorsque le médecin lui fit remarquer que mourir était justement ce qu’il voulait éviter en venant se faire interner, Euripide lui répondit que tant qu’à faire, il préférait mourir dans un hôpital que dans la rue, qu’au moins ça revêtait une certaine logique… Mourir à l’hôpital, timbrer une lettre à la poste… Euripide appréciait lorsque ses actes entraient dans le cadre prédéfini des choses logiques.

 

Lorsqu’il entendit ça, le docteur Z partit dans un formidable éclat de rire, faisant remarquer à son patient que les gens les plus logiques étaient les patients qui se trouvaient enfermés là.

 

Le docteur Z riait déjà beaucoup moins lorsqu’il attrapa une fièvre, et il ne rit plus du tout lorsque sa famille porta en terre la 2.210.174ème victime recensée de l’épidémie de grippe aviaire qui avait commencé à sévir trois mois plus tôt, par une journée banale d’octobre 2006.

 

Publié dans C'est pas drôle

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Jid 25/10/2005 18:46

je l'ai bien aimé cette histoire là, j'espère seulement qu'il restera toujours au moins une personne non malade pour le nourrir/ lui ouvrir la porte de la cellule

Bee_human 23/10/2005 16:36

Où j'ai mis ma boite de tamiflu ?

Salomé 23/10/2005 16:25

Tu me rassures : avec seulement 2 millions et quelques morts SAUF EURIPIDE à la fin sur 6 milliards d'êtres humains , j'avais trouvé que tu étais pâlot...
:-)

Tant-Bourrin 23/10/2005 12:30

A vrai dire, je m'attendais à ce que la situation se retourne contre Euripide, qu'il se retrouve confronté précisément à ce qu'il cherche à fuir, par exemple par des essais "sauvages" de vaccins anti-grippe aviaire faits sur des malades n'ayant pas trop d'attaches familiales. Mais je vois trop le mal partout ! ;~)

Matthieu 23/10/2005 10:48

Salomé > Ben non, pas du tout !

Tant Bourrin > Et tu t'attendais à quoi comme fin ?

Saoul Fifre > Bof... Personnellement, je préfèrerais qu'Euripide ne meurt pas, juste histoire qu'il ai eu raison de se faire enfermer...

Antenoe > Mais de rien pour le chat !