Quand vous entendrez le son du chofar, tout le peuple poussera de grands cris. Alors la muraille de la ville s'écroulera... (troisième partie)

Publié le par Matthieu C.

Nataniel se sentit sur le point d’exploser, mais réussit à se contenir :

- « Mais c’est donc ça qu’il va vous rester ? Pour une fois, je vous parle de ce que je ressens, de ce que je sens être moi au plus profond de mon être, et vous me traitez comme un fou, vous voulez contrariez ma vie en m’envoyant chez le marieur ? Mais vous êtes fou ! »

En entendant ce dernier mot, que Nataniel regretta aussitôt d’avoir prononcé, son père sembla suffoquer, tandis que sa mère n’eut pas besoin de se forcer pour pleurer. Elle ne pu dire un mot, et son mari s’exprima donc pour elle :

- « 50 ans… J’ai passé 50 ans de ma vie à adorer l’Eternel, et voilà que mon fils me traite de fou… Il se déshonore en ne nous honorant pas. Tu ne respectes même pas celui qui t’a fait ! Shtik goy ! Nisht do gedacht ! »

Nataniel ne connaissait pas cette expression. Il ne parlait pas couramment le yiddish, ne connaissait que quelques mots, les plus courants, et aurait été bien incapable de dire où ses parents avaient appris cette langue. Parce qu’il ne se souvenait pas avoir entendu son grand-père Cohen ni ses grands-parents Wichserberg parler de yiddish.

 

Sachant que, selon toutes vraisemblances, son fils n’en ferait qu’à sa tête, Isaac Wichserberg lança une dernière attaque :

- « Et devant mes enfants en plus : tu dis ça devant mes enfants qui sont purs et qui respectent notre loi. Tu aurais pu nous annoncer ça discrètement à ta mère et à moi, puisque tu ne vis plus sous notre toit et que tu es décidé à injurier notre loi. Mais il a fallu que tu parles devant les enfants, au risque de leur donner des idées, mais tu t’en moques… »

 

Nataniel sut qu’il parlait pour la dernière fois de la soirée, et probablement la dernière fois tout court, avant longtemps :

- « Mais c’est pas contagieux ! On ne parle pas de la grippe ! On parle de ce que MOI je ressent, de ce que je veux vivre, de ce que doit être ma vie ! S’ils doivent faire comme moi, si telle est la volonté de Dieu, je n’y serais pour rien ».

 

Cela dit, il se leva, rangea sa chaise en prenant soin de ne pas faire trop de bruit, ne voulant pas rompre le silence momentané qui suivit ses paroles, il prit le yarmelkeh que son père lui avait offert peu de temps auparavant, qu’il avait d’ailleurs très peu porté, pour ainsi dire jamais, mais il l’emporta pour garder le souvenir d’une famille qu’il ne devait pas revoir avant longtemps, et sortit en silence. Ses parents savaient où le trouver, il le leur avait dit lors du semblant de discussion qui avait précédé l’éviction de table de ses frères et sœur.

Le rabbin, une fois la porte refermée, se prit la tête entre les mains, alors que sa femme le regardait, les larmes aux yeux, en attendant une parole de réconfort. Mais ce ne furent pas des paroles apaisantes qui sortirent de la bouche du rabin. Il dit simplement, du ton calme de celui qui sait que de toutes façons, aucune parole ne changera rien à une situation désespérée :

- « Oi vai iz mir. Pour moi il est mort. Oui, qu’il meurt. Paigeren zol er ».

 

Devant la grande table pas encore rangée du repas du soir, le rabbin restait prostré, sa tête dans ses mains, respirant doucement. A côté de lui, sa femme pleurait calmement (il lui arrivait aussi souvent de pleurer qu’il ne lui arrivait jamais d’être calme), presque tranquillement, tout en serrant la boule formée par son mouchoir. Dans leurs chambres, les enfants pressentaient qu’il venait de se passer quelque chose, mais ils n’étaient pas capables de définir quoi ; ils ne se souciaient donc pas d’une situation qu’ils ne pouvaient changer par leur simple présence. Ils jouaient.

 

Mais quand même… Quand même, quelle idée pour un juif issu d’une famille orthodoxe, et descendant par une branche d’Aaron, quelle idée pour ce juif non seulement de devenir catholique, mais surtout d’annoncer à ses parents qu’il allait, la semaine suivante, rentrer dans l’ordre des franciscains avec la ferme intention de devenir moine ?

 

Matthieu

Publié dans critiquons

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Jid 14/11/2005 21:01

tu y vas un peu fort quand même (avec vœu de pauvreté en plus?)

Sénio 12/11/2005 09:26

Les franciscains ne sont pas contemplatifs. Ils travaillent .

En fait, je pensais à la tête de moine sur les boîtes de camembert ... mais tous les moines ne vivent pas à la campagne !

Matthieu 11/11/2005 22:13

TANT BOURRIN > J'adore te surprendre !

MANOU > Merci !

SENIO > Ils font du camembert les franciscains ?

ERIC M > Merci !

Eric_M 11/11/2005 19:28

je me doutais que la fin serait surprenante ... en tout cas pour moi qui n'avait pas deviné ;)

Sénio 11/11/2005 15:31

Sacrilège ! En devenant Franciscain Nataniel (de la pure lignée des Cohen)va changer de nom et devenir frère Roger et sans descendance ! Lol !

et que va-t-il devenir , Maître d'oeuvre en camemberts ?

;-)