L'ironie du désespoir

Publié le par Matthieu C.

Un jour, il arrive un truc énorme à quelqu’un. Mais un truc négatif, qui, s’il n’empêche pas forcément la vie de se poursuivre, fait qu’elle n’est qu’un sursis, vécu comme tel.

 

Dans « piégés par Staline », Nicolas Jallot rassemble des témoignages de personnes qui, vivant en France aux lendemains de la seconde guerre mondiale, ont accepté l’invitation de Staline de retourner en Russie. Ces français et russes nés en Russie et ayant fuit la révolution, les enfants de ces gens qui ont choisi d’aller vivre en URSS, pour (re) voir la mère patrie et vivre la vie triomphante des camarades socialistes se sont fait baiser la gueule.

Une fois sur place, certains ont été déportés au goulag, d’autres ont été exilés dans des villages perdus au milieu de nulle part, ne parlant pas la langue du pays (les conjoints français ayant également été gracieusement conviés).

 

Et au milieu de ces témoignages bouleversants, on trouve également des traces de cette magnifique ironie, propre à ceux qui savent qu’ils ont tout perdu, et que rien ne pourra changer jusqu’à leur mort :

Certains, qui étaient invités, étaient restés en France, doutant de la bonté du petit père des peuples. Ils avaient demandé à des connaissances, rentrée en URSS, de les informer de l’état du pays, afin de savoir si la vie était vraiment meilleure dans la patrie du prolétariat révolutionnaire. Et ceux qui étaient chargés d’envoyer la lettre ont effectivement écrit. Ils ont écrit la chose suivante (je cite de mémoire, je n’ai pas le livre sous la main) :

« Venez nous rejoindre dès que Elga sera mariée »…

Ladite Elga était âgée, à ce moment-là, de six mois.


Mais le plus beau (à mon sens) est l’histoire de la photo promise par les retournants : si la situation était effectivement magnifique en URSS, ils enverraient une photo de leur famille sur laquelle tout le monde serait debout. Sinon, ils seraient tous assis.

Et comme ils l’avaient promis, ces retournants ont envoyé une photo. Sur laquelle tout le monde était couché…

 

Une superbe ironie qu’on retrouve chez Romain Gary, en particulier dans « la danse de Gengis Cohn ». Ledit Gengis Cohn était un comique juif assassiné par les nazis, qui, au moment d’être fusillé, se retourne, baisse son pantalon et montre son cul aux bourreaux.

 

Voilà, c’étaient quelques mots pour parler de littérature (parce que dans cette rubrique sur ce blog, je n’avais parlé que des merdes produites par Marc Lévy, Bernard Werber, Amélie Nothomb… etc).

 

Maintenant, je vais finir « le démon » de Selby Jr. Hubert, qu’un certain humaniste m’a envoyé (qu’il soit béni jusqu’à la 42ème génération). Un livre qui raconte l’ascension d’un type qui a toujours besoin de… oh et puis j’en dis pas plus tiens, c’est un livre absolument génial.

 

Matthieu

Publié dans la littérature

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matthieu 19/12/2005 17:34

MATHILDE > J'ai envie de le croire aussi. Et peut-être même que c'est vrai que la lecture ralentit l'oubli.

SAOUL FIFRE > Mais c'est un truc qui me surprend quand même (mais que j'aimerais avoir).

SAMANTHA > Et le pire, c'est que j'avais jamais entendu parler de ce phénomène des retournants avant de lire le bouquin.

YAELZ > Ben tu fais comme tu veux ! Mais si tu les lis, tu me diras ce que t'en pense !

BYALPEL > J'avais aussi trouvé le livre "effroyables jardins" bouleversant. Mais je n'ai pas vu le film.

Byalpel 19/12/2005 10:46

Ok c'est parti, je file chez Virgin.

Dans le même genre : "effroyables jardins". Le livre est impeccable, le film : il m'a scotché assis pendant 5 minutes sur mon siège après la fin du générique (avec Villeret).

Merci Matthieu des infos.

Yaelz 18/12/2005 22:41

Et deux livres a commander, deux!

Samantha 17/12/2005 12:14

Merci pour tes précieux conseils ! J'étais justement à la recherche d'un bon bouquin historique. "Piégés par Staline"... C'est un fait incroyable dont je n'avais jamais entendu parler. Dès que j'ai fini de le lire je te donne mon avis.

saoul-fifre 17/12/2005 11:36

J'aime cette idée que, même dans le désespoir le plus total, l'être humain est encore capable d'humour.