Quand Harry rencontre Harry : Le démon (Hubert Selby Jr)

Publié le par Matthieu C.

Le formidable roman de Hubert Selby Jr commence comme du Bukowski., ce qui n’est déjà pas si mal :

Ses amis l'appelaient Harry. Mais Harry n'enculait pas n'importe qui. Uniquement des femmes... Des femmes mariées.

Renseignements pris dans la suite du livre, Harry ne se contentait pas de les enculer ces femmes mariées, il les baisait aussi. Et s’il ne recherche que des femmes mariées, c’est qu’elles sont moins collantes que des célibataires, et surtout ces relations lui procurent une poussée d’adrénaline, ces amours furtives (la liaison n’est suivie avec aucune) étant bien plus incertaines qu’une liaison régulière : le mari peut rentrer plus tôt, la femme qui a donné son adresse peut avoir menti et habiter ailleurs, tout un tas de raisons qui pimentent sa vie. Parce que comme le disait Clemenceau, le meilleur moment en amour, c’est quand on monte l’escalier.

Sinon, Harry vit chez ses parents, c’est plus facile, il a pesé le pour et le contre et s’est rendu à l’évidence : rien ne vaut une maison dans laquelle on n’a rien à faire.

 

Harry est un beau mec, qui a un boulot très intéressant et bien payé, dans une boîte dans laquelle il peut espérer une progression de carrière aussi rapide qu’intéressante, il s’entend bien avec ses parents et à part des relations sexuelles avec les femmes des autres, il n’a pas de vices. Presque un conte de fée moderne, dans lequel Harry se marierait et aurait beaucoup d’enfants.

 

Harry va finalement se marier, avec une très belle fille qui travaille dans la même boîte que lui. D’abord parce qu’il aime cette fille, ensuite parce que cela fera avancer sa carrière, qui stagne depuis qu’il arrive en retard au bureau (pour suivre des femmes dans la rue, juste pour le plaisir de les regarder). Il se marie donc, est fidèle au début, infidèle avec dégoût ensuite, puis infidèle dégoûtant enfin. Il a un enfant, mais quelque chose lui manque : les relations sexuelles avec les femmes mariées ne lui apportent plus la même excitation qu’au début. Ca le lasse. Il a besoin d’autre chose qui lui procure cette adrénaline : ce sera le vol, qu’il découvrira par hasard. Il va au restaurant, part sans payer, et découvre que le temps d’aller de la table au dehors procure une exaltation égale à la conquête de femmes mariées. Parce que dans ces vols comme dans les relations sexuelles, la conquête n’est pas une fin en soi.

 

Dans cette descente aux enfers, Harry ne cherche pas à vivre avec sa part d’ombre, il cherche à la nier. Et lorsqu’il a besoin de quelque chose, un peu à l’image du Patrick Bateman de Américan Psycho (mais là s’arrête la ressemblance, Hubert Selby Jr ayant un style ; clair et net comme un coup de couteau), il le prend, sans se soucier des autres ni des conséquences.

 

Un peu comme au début d’une montagne russe, le wagon monte lentement, et vous savez que vous ne pourrez pas quitter le manège avant d’avoir fait la descente, Harry se retrouve pris dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas. Le conte de fée du début devient un cauchemar qui se fini assez logiquement en fait…

 

Matthieu

Publié dans le bureau

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Byalpel 22/01/2006 09:17

+1.Une fois que j'ai fini mes deux piles de livre en attente, je prends celui-là ! Merci !!

Matthieu C. 22/01/2006 10:28

Et les autres livres en attente, quels sont-ils ?

Manou 22/01/2006 00:39

Il m'a l'air très bien ce livre....Mais si je puis me permettre, et je m'en excuse auprès de Clémenceau (...: ) ), le meilleur moment en amour, c’est quand même quand on descend l’escalier.

Matthieu C. 22/01/2006 10:26

Ca dépend où tu fais l'amour Manou !!!

line 21/01/2006 22:32

tu m as donné très envie de connaître la fin!

Matthieu C. 21/01/2006 22:36

Je suis content si cette note t'as donnée envie !

Yaelz 21/01/2006 19:26

Ca me rappelle beaucoup le film  "American Psycho".
Que j'ai deteste, d'ailleurs.

Matthieu C. 21/01/2006 19:53

Ben c'est un peu comme American psycho, mais en bien écrit, et sans le côté "tortures immondes"

bee_human from BnFlower 21/01/2006 19:24

Mister love, comme dans Jerry Lewis. Sinon un article super sur le DAKAR dans le monde: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-733182,0.html