le journaliste, la realpolitik et 'Florence et Hussein'

Publié le par Matthieu C.

Il est terrible pour un journaliste d’être enlevé alors qu’il exerce son métier. Cette volonté, de la part des ravisseurs, de vouloir museler la liberté de conscience et de parole est détestable. Et il faut tout faire pour faire libérer nos journalistes emprisonnés.

Loin du tapage concernant ‘Florence et Hussein’, avec des réunions de crise chez Raffarin, des prises de paroles émouvantes de la part des uns et des autres, je voudrais vous parler d’un journaliste français disparu depuis un an.

 

Vous allez me dire : i ltravaillait où ? A libé ? Au figaro ? A 20 minutes ? A Réverbère (le journal distribué par les SDF) ? Non, il était journaliste indépendant en Afrique. Ahhhh, vous endends-je soupirer, mais on s’en fou, il avait pas de patron, il avait choisi de partir bosser tout seul chez les nègres, mais on s’en bat les couilles avec une pelle à tarte de ce type. Puis ça ressemble à quoi un journaliste enlevé en Côte d’Ivoire, alors que y’a Florence là, avec ses vidéo où elle est fatiguée et où elle va peut-être mourir ! Florence et Hussein, ça a quand même plus de gueule que Guy-André Kieffer non ?
Ben non. En plus, il a bossé à Libération et à la Tribune pendant 18 ans. Et vous avez vu Serge July parler de Guy-André ? Non.

 

Guy-André Kieffer, GAF pour les intimes et ceux qui aimes les acronymes, a été enlevé le 16 avril 2004, sur le parking d’un supermarché à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Depuis cette date, plus aucune nouvelle tangible. (www.guyandrekieffer.org). Il devait rencontrer le beau frère de la femme du président Gbagbo. Quelle idée aussi, quand on sait que pendant la période qui précède l’enlèvement, GAF (oui, ça va plus vite à taper) a écrit des articles assez féroces contre le régime en place, démontant certains mécanismes notamment.

 

Après les évènements anti-français qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire, notre ami Chirac et la diplomatie française ont opté pour une attitude ferme et sans concession à l’égard de Gbagbo : le soutien jusqu'aux élections. Ne me demandez pas pourquoi.  Et Jacques Chirac a reçu, en un an, la femme de GAF en une seule et unique occasion. Ensuite, silence radio. Un juge français souhaite rencontrer le beau-frère de la femme du président Gbagbo. Mais pas sur un parking de supermarché. Dans un cabinet d’instruction, ce qui n’a pas l’air d’être en train de se faire.

 

En fait, il y a de fortes chances pour qu’après avoir été torturé, GAF soit mort. Mais rien n’est sûr. En tout cas, tout le monde s’en fout. La mairie de Paris s’est décidée à accrocher son portrait place de la Nation, quelques semaines après avoir foutu celui de ‘Florenceet Hussein’ sur l’Hôtel de ville.

 

GAF : parce que pendant qu’on est sans nouvelle de lui, on nous casse les couilles avec ‘Florence et Hussein’. GAF : tant qu’il est otage, nous le sommes aussi. Si il est mort, on s’en fout, on se rattrapera avec ‘Florence et Hussein’.

 

La politique extérieure de la France ? Une fable. Dont la morale est ‘la raison du plus fort est toujours la meilleure’. Et ce sont les journalistes qui ne sont pas en Iraq avec ‘Florence et Hussein’qui trinquent. C’est par où le pays des droits de l’homme ?

 

Matthieu

Publié dans critiquons

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yaelz 19/04/2005 17:50

Je ne savais pas pour ce journaliste.
J'apprends sa triste histoire en te lisant.

jid 19/04/2005 09:37

C'est justement ce matin que j'ai entendu que la France avait décidé d'arrêter la vente d'armes aux rebelles (mais pas au pouvoir en place).