Souvenir d'un OS handicapé

Publié le par Matthieu

Un jeudi matin, l’agence d’intérim m’appelle, me demandant si je pouvais me rendre dans une entreprise, pour un boulot assez particulier : il s’agissait de tester une machine destinée à un CAT (Centre d’Aide par le Travail, un endroit dans lequel travaillent des handicapés encadrés par des éducateurs), et la personne (handicapée donc) qui devait tester cette machine était tombée malade.

Il fallait donc que je me présente à l’entreprise, dire que je venais de la part du CAT, et, en cas de pépin, téléphoner à une éducatrice de ce CAT, en demandant bien évidemment la permission de téléphoner à la secrétaire.

 

Je suis resté deux jours dans cette entreprise, et, pendant deux jours, j’ai été considéré comme un débile profond. Et quand le dis débile profond, je suis en dessous de la réalité.

Ca a commencé lorsque je me suis présenté :
- « Bonjour, je viens de la part du CAT de X… » (je mets X… parce que je me rappelle plus la ville).
- « Ah ? me dit la secrétaire en essayant de trouver ce qui clochait chez moi, ben attend un peu s’il te plaît ».

Ensuite, elle appelle l’éducatrice, qui me montre le travail (c’est là que j’ai réalisé que seule l’éducatrice savait que je n’était pas handicapé) : il fallait glisser une feuille de plastique sous une presse, appuyer sur un bouton, reprendre la feuille qui avait maintenant une forme correcte, et passer une balayette pour enlever les petits bouts restés collés. Une balayette bleu-blanc-rouge, je me croyais à la fête Jeanne d’Arc avec ça.

Une fois l’éducatrice partie au CAT, je me suis retrouvé avec des gens qui me disaient :
« Attention, quand tu nettoies la machine, pas d’acétone sur la peinture ». Bien sûr, je n’ai pas répondu : « Connard, je sais, c’est sur ta gueule que je vais verser l’acétone ».

 

Le pompon a été un type proche de la retraite, et qui m’a demandé, avec toute la compassion du monde dans ses yeux :
« Alors mon garçon, on n’est là que pour deux jours ? » (je vous jure, je l’entends encore me dire ça ce type)
Et moi de lui répondre la vérité :
« Ben oui, lundi je retourne à la fac ».
Et là, le type m’a regardé avec tristesse, et m’a dit : « ah oui, à la fac » avec une intonation mi-ironique mi-désespérée. Je voyais qu’il avait de la peine pour moi ce brave homme.

 

Sinon, j’en ai fait des boulots chiants. Mais celui-là a battu des records. Je faisais comme les handicapés, 10 heures par jour (7h-12h et 13h-18h) et je me suis emmerdé comme jamais.

Le dernier soir, l’éducatrice revient et me demande :
« Ca a été le travail ? Dites moi ce que vous en avez pensé, puisque les personnes qui travaillent habituellement n’osent rien dire ».
« Ne le prenez pas mal, mais je me suis jamais autant ennuyé, c’est atroce. »
« Oui, mais certaines personnes n’ont pas la notion du temps qui passe, et nous les mettons sur ce type de travail ».

 

Matthieu

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Mag 31/03/2006 23:15

Je suis tombee sur ton site un peu par hasard, je bosse avec des personnes ayant un handicap mental. Ton article m interpele sur different point: d'abord cette facon souvent debilitante dont les gens parlent au personne hanicapes mentale...regrettableSur le fait que le boulot soit chiant je pense que les CAT permettent aux personnes handicapes d'etre reconnu par la societe ce qui est essentiel .... et oui certaines personnes handicpes sont capables de bosser!L'episode avec l' acetone, te prouve juste que les personnes handicapes ne sont pas toujours marque physiquement, ils peuvent aussi bien etre comme toi et moi...

Matthieu 22/04/2005 16:40

David > Et oui, ça motive des trucs comme ça hein !!!
Jid > Ca m'a toujours surpris les élèves de troisième qui font leurs stages chez des médecins, des vétos, des avocats... Alors qu'il n'y en aura pas 1 sur 10 qui sera profession libérale !

jid 22/04/2005 09:19

Sinon dans mon hangar, il y avait aussi un handicapé mental : c'est vrai qu'il pouvait rester des heures sur une machine et il en sortait un boulot magnifique. Moi sur le même travail, j'étais facilement 60% moins bon.

jid 22/04/2005 09:16

Pareil pour moi : 3 semaines dans un hangar surchauffé m'a fait comprendre que j'avais intérêt à ne pas foirer mes études. Maintenant il me semble que les élèves de 3ème vont 3 semaines en entreprise, il faudrait les obliger à aller en usine plutôt que dans des bureaux : cela leur donnerait un coup de booster.
(Et puis tant qu'on y est : 1 semaine en prison et 10 mois d'armée!!)

David 22/04/2005 09:08

ça me rappelle le boulot à la chaine durant mes jobs d'été!! C'était tellement chiant que je me suis promis de vénérer mes études tellement cela me semblaient d'un seul coup passionnant en comparaison.
Je vous jure qu'il y a des gens qui font ce genre de boulot pendant 40 ans et qui ne souhaitent pour rien au monde changer! Alors la je dis respect!