Souvenirs d'un croque-mort (2)

Publié le par Matthieu C.

Bon, puisque ici je vous parlais des aspects de ce boulot, qui fut mien à une époque, je vais terminer aujourd’hui. Je voudrais juste évoquer deux-trois personnes.

 

Tout d’abord, ce vieux monsieur, venu avec une infirmière (et toute la famille, guettant l’héritage comme Laurent Ruquier le mauvais jeu de mot). Le cercueil est posé devant la tombe, et le vieux monsieur n’a ni toute sa tête, ni toute son audition. C’est pourquoi il demande d’une voix plus que forte à l’infirmière : « Mais qui c’est ? ». L’infirmière est gênée, et elle répond à voix basse (mais pas si basse que ça, puisque le vieux monsieur est sourd) « C’est votre femme ». Le vieux monsieur se contente de répondre : « ah ». Le prêtre continue sa litanie (ben un truc lu sur un ton monocorde et rapide, j’appelle ça une litanie). Environ 30 secondes plus tard, le visage du vieux monsieur se décompose, puis il éclate en sanglot. Dans un moment de lucidité, il venait de comprendre.

 

Une pensée également pour la nièce de Madeleine. Madeleine était une vieille dame, morte dans une maison de retraite. Sa nièce venait de Paris, exprès pour les obsèques. Madeleine n’avait pas de fille, pas de mari, et sa nièce était la seule personne venue lui rendre un dernier hommage. Malheureusement, le train de la nièce de Madeleine est arrivée avec 10 minutes de retard, et la nièce est arrivée au moment où le prêtre repartait, après avoir assuré à la nièce de Madeleine qu’il venait de passer 30 minutes à prier pour le salut de l’âme de Madeleine, alors que nous étions là depuis 10 minutes et qu’il était arrivé après nous.

 

Une pensée aussi pour Marguerite. Marguerite, c’était mon premier enterrement, avec une mise en scène splendide. Après l’inhumation de Marguerite, une petite musique (de merde : l’envie d’aimer, avec un type qui couine à la mort ‘ce sera nous dès ce soir’, tu parles) et… un lâcher de ballons. Un peu plus ils faisaient une tombola hein. N’empêche, maintenant, cette chanson me plombe dès que je l’entends.

On pourrait aussi parler de Raymond, enterré un dimanche 24 décembre, parce que la famille voulait être ‘tranquille après’. Le gendre n’a pas arrêté de montrer son ennui en expirant bruyamment, mais Raymond a été vengé, puisque quelqu’un lui a souhaité (à son gendre, pas à Raymond), un bon réveillon. En rajoutant, perfidement : ‘oui, surtout qu’il manquera quelqu’un autour de la table ce soir’.

 

Par contre, pas une pensée pour le monsieur qui s’est fait enterrer un jour de grand vent glacé, avec une prédication du pasteur évangélique qui a duré (je vous jure que c’est vrai) 30 minutes au cimetière.

Et pas une pensée pour la vieille, qui, un jour où je ne pouvais pas être là et où je lui avait demandé si, pour me remplacer, « une personne avec un physique un peu… étranger » conviendrait, m’a répondu « vous plaisantez j’espère ».

 

Matthieu

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