Dimanche de l'avent (2)

Publié le par Matthieu C.

Aujourd’hui, deuxième dimanche de l’avent. Avant quoi ? Avant noël. Oui, les curés ont trouvé que ça suffisait pas noël, et qu’il fallait donc faire un truc pour ramener le fric ; d’où l’avent. L’église, c’est le Auchan des cons ; ben oui, chez Auchan aussi ils préparent noël longtemps à l’avance ; la différence c’est qu’à Auchan, ils ne se cachent pas de vouloir ramasser de l’argent avec noël. La semaine dernière, c'était le noël du marin. Cette semaine, le noël de Ahmed.

Ahmed est arrivé en France il y a 2 mois. A 12 ans, il a été obligé de quitter l'Algérie avec ses parents, pour une raison que personne ne lui a donné. Il est donc arrivé avec sa famille (son père, sa mère, ses 2 petits frères et sa petite soeur) à Lyon, où ils ne connaissent personne, si ce n'est un vague cousin du côté du père.

Ahmed ne parle pas un mot de francais, pas plus que les autres membres de la famille. Le cousin, qui les a aidé à trouver un logement (tu parles d'un logement) ne parle pas mieux, et il ne les aidera de toute facon pas. A l'école, Ahmed est dans une classe spéciale, une classe avec d'autres enfants qui ne parlent pas bien francais (voire pas du tout) et qui ont entre 6 et 13 ans. Et là, jours après jours, ils apprennent les rudiments de la langue, souvent sans réussir à se départir d'un accent à couper au couteau. Ainsi, lorsqu'Ahmed doit expliquer ce qu'il fait le matin, il a du mal à expliquer qu'il prend une douche (“quoi c'est ca ?“ demande-t-il à l'instituteur en montrant une douche qu'il venait de dessiner), qu'il mange du pain (“je manger li baguette“, dit-il en lancant un regard pétillant de fierté, heureux d'avoir construit une phrase sans l'aide de personne) et qu'il embrasse ses parents avant de partir à l'école, d'un pas plutôt joyeux. Apprendre le francais l'amuse, et il a envie de se faire une place dans ce pays, il veut devenir docteur, comme le docteur francais du dispensaire de son village. Ahmed a remarqué les lumières qui sont partout dans les rues, en préparation de quelque chose. Mais il ne comprend pas bien quoi, et comme ses parents n'en parlent pas, il décide de demander à un bénévole de l'association où il va, le soir, pour faire ses devoirs et lire du francais. A force de patience et de sourires, le bénévole et Ahmed finissent par se comprendre, le temps de la conversation sur les lumières de Noel. Oui, guère plus longtemps, le bénévole étant de toute facon incapable de comprendre le monde de Ahmed, puisque lui a grandit en France et ignore tout de la culture et de la vie de Ahmed et de sa famille en Algérie. Mais, pour le moment, ils se comprennent. Le plus difficile reste d'expliquer le concept de Noel à Ahmed, qui ne voit pas pourquoi une vieille histoire qui n'a pas l'air d'être tirée directement du Coran provoque cette effevescence. Le bénévole dessine une crèche, mais il s'y prend tellement mal que Ahmed ne reconnait pas un des animaux. Le moment provoque tout de même un bel éclat de rire. Mais le bénévole est pressé ce soir, il doit partir plus tôt, et le “cours“ est terminé.


Ahmed rentre chez lui, il n'a pas chaud mais il s'en fout sur le moment. Il a compris pourquoi les lumières dans les rues, et ca lui plait. Quand il sera docteur, il aura toujours une lumière à la fenêtre pour se rappeler de cette histoire. Mais pour l'instant, il doit rentrer chez lui, dans l'atmosphère pesante du 2 pièces où la famille s'entasse. Illégalement, parce que sans papiers. Sans autre nourriture que celle fournie par la croix rouge.

Et en attendant le moment où il sera médecin, en attendant même seulement le moment où il parlera en francais couramment, il n'y a pas de miracle de noël pour Ahmed.


Matthieu

Publié dans c'est bientôt Noel

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