Dimanche de l'avent (1)

Publié le par Matthieu C.

Aujourd’hui, premier dimanche de l’avent. Avant quoi ? Avant noël. Oui, les curés ont trouvé que ça suffisait pas noël, et qu’il fallait donc faire un truc pour ramener le fric ; d’où l’avent.

L’église, c’est le Auchan des cons ; ben oui, chez Auchan aussi ils préparent noël longtemps à l’avance ; la différence c’est qu’à Auchan, ils ne se cachent pas de vouloir ramasser de l’argent avec noël.

Bon, comme c’est le premier dimanche de l’avent, on va commencer mollo. Cette semaine : Le noël du Marin.

La Marin a une cinquantaine d’années. Ou un quarantaine. A moins qu’il n’ait 60 ans. De toute façon, ça fait un bail que tout le monde s’en fout de l’âge du capitaine. De même que de son nom. Il est devenu « le Marin » peu après sa descente dans la rue, devenue son monde depuis maintenant près de 15 ans. Le Marin traîne depuis 15 ans cette casquette achetée 3,50 francs à Emmaüs et qui lui a valu son surnom.

 

Un jour, peut-être l’année dernière, peut-être l’année d’avant, il faisait la manche du côté de Monoprix, sur les boulevards. Un petit garçon lui avait demandé : « Qu’est-ce que tu fais ici ? T’as pas froid ? ». Sa mère l’avait brutalement tiré par le bras, lançant un sourire contrit vers le Marin, qui aurait préféré un euro ou deux. Ce gosse l’avait plongé dans une rêverie, dans laquelle il se revoyait, gamin, avec ses parents, préparant un splendide noël, comme d’habitude. Une époque où il y avait des cadeaux, de la nourriture à profusion et du feu dans la cheminée. Une époque où… il se mordit la joue jusqu’au sang pour ne plus rêver. Il ne voulait pas être hanté par les souvenirs des jours heureux.

Noël, cette année, il le passera comme toutes les années, à l’armée du salut. En fait, il passera le réveillon et le jour de noël à l’armée du salut. Comme toutes les années depuis… depuis qu’il avait rencontré Gilbert, qui l’avait tuyauté. Et il continuait maintenant à y aller, seul depuis la mort de Gilbert.

Pour le nouvel an, le programme était différent : une année, il allait au réveillon du secours catholique, l’année d’après, à celui du secours populaire. Pour pas faire de jaloux comme il le disait.

 

Ces réveillons, il les haïssait comme il haïssait le froid. Devoir s’attabler avec ses compagnons d’infortune (qui, pour lui, étaient tout sauf des compagnons) et des dames patronnesses déguisées en pauvres (ben oui, elles faisaient un effort, elles mettaient de vieux tailleurs limites portables), qui s’efforçaient d’établir et de préserver un semblant d’ambiance artificielle, autour d’un repas préparé avec soin, mais que le Marin n’était pas en mesure d’apprécier (il bouffait des saloperies bon marché toute l’année et fumait autant que ses finances le lui permettaient, alors le goût du civet de biche…), c’était encore pire que pas de réveillon du tout.

Il préférait le réveillon de l’armée du salut ; au moins, ils avaient tous la même tenue et ne faisaient semblant de rien. Bon, ils étaient un peu chiants avec leurs bondieuseries après le repas, mais sinon, ça allait. Enfin, ça allait, c’était quand même un jour de merde, parce que le lendemain de noël, c’était de nouveau la rue, mais… mais il le faisait en mémoire de Gilbert, qui était quand même un chouette type.

Mais retrouver les même lieux, les mêmes dames patronnesses (ou les mêmes gradés) autour des mêmes assiettes et des mêmes verres en plastique (remplis de jus de fruits à l’armée du salut, tu parles d’une fête), ça le rendait triste.

Parce que l’année d’après, ce serait encore la même chose. Et toutes les années d’après aussi, jusqu’à ce qu’il rejoigne Gilbert.

Parce que pour le Marin, le miracle de noël n’existe pas, et n’existera jamais.

 

Matthieu

Publié dans c'est bientôt Noel

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manou 30/07/2005 00:54

Matthieu, peux-tu m'expliquer pourquoi tu n'as aucun commentaire en réponse à ces textes à pleurer....