Les chasseurs d'insectes

Publié le par Matthieu C.

En 1951, JD Salinger publiait un livre qui allait devenir un best seller qui allait devenir marquant pour plusieurs générations : l’attrape cœurs. L’histoire de l’errance d’Holden Caufield, viré de son école à quelques jours de Noël. Un style particulier, un personnage plus qu’attachant et une naïveté touchante ont permis à ce personnage de devenir une sorte de référence.

 

Mais revenons à nos donneurs de poisons et nos chasseurs d’insectes. En français, ça donne pas grand-chose en fait. C’est en anglais que ça a de la gueule. En anglais, donneur de poison, on dit « gift giver », et chasseur d’insecte « bug chaser ». Dit comme ça, c’est très rigolo. En fait, un gift giver, c’est quelqu’un qui a le SIDA, qui le sait, et qui ne demande pas mieux que de contaminer (on dit « convertir » dans ce milieu, ça fait plus classe) ses petits copains séronégatifs. Oui, une autre traduction possible est « connard au dernier degré ». Un bug chaser, c’est un type qui n’a pas le SIDA et que ça emmerde. Il va donc tout faire pour l’attraper. Oui, l’autre traduction est « con au-delà de toutes limites ».

 

On comprend mieux le phénomène quand on voit le docu « The Gift » (Le don, en français, diffusé ces jours sur Planète), de Louise Hogarth. On y suit des gens. Des séropositifs qui ne voudraient pas l’être, des séronégatifs qui ne voudraient pas l’être non plus, des séropositifs qui sont content de l’être (et qui ont cherché à l’être), des séropositifs qui ont été content de l’être et qui ne le sont plus.

 

Le documentaire commence avec Doug Hitzel, un garçon de 19 ans. Arrivé à Los Angeles, il cherche à s’intégrer dans la communauté gay. Comme il a du mal, il se tourne vers les soirées « à cru » (bareback en anglais et en français aussi, parce que « à cru » ça fait très con), des soirées où la capote est quasiment interdite.

Et Doug chope le SIDA. Au début, il est content et tout. C’est cool d’être séropo non ? Et ben non. Parce que Doug déchante assez vite. Et c’est là qu’intervient Holden Caufield. Parce que le Holden Caufield d’aujourd’hui, c’est Doug. Un gars paumé qui a fait une connerie, mais qui est très touchant. Et un peu le même style que Holden Caufield. Doug nous apprend qu’il a « une mère géniale ». Il a aussi une sœur et un frère. Et un père aussi. Et il se met à pleurer, parce qu’il va les perdre le jour où il mourra. Et qu’il ne peut pas avoir d’ami, parce que être gay, c’est déjà pas facile, mais être gay et séropo, dans une petite ville (il n’est plus à LA), c’est pas possible. Alors Holden pleure. Et regrette. Mais il est trop tard.

 

Le documentaire explore quelques pistes sur le pourquoi du bug chaser. Et l’argument du type qui est content d’être séropo, c’est qu’il n’a plus peur du SIDA maintenant. Avant, il avait peur de l’attraper. Maintenant qu’il l’a, il n’a plus peur. Ca c’est de l’argument. Il appartient aussi à une communauté. Celle des gays séropo gift givers. Tu parles d’un plaisir. Certains se tatouent un signe sur le ventre, pour exhiber leur séropositivité comme d’autre leurs muscles, d’autres portent un T-shirt avec un symbole de poison dessus.

 

Et Doug pleure, parce que le traitement est lourd, qu’il n’a pas d’ami, qu’il ne verra pas son petit frère grandir, ni sa sœur. La môme Phoebe aurait dit Holden dans l’attrape cœurs.

 

Matthieu

Publié dans C'est pas drôle

Commenter cet article

matthieu 08/06/2005 17:05

Saoul Fifre > Je sais qu'un homme a été condamné récemment pour avoir sciemment transmis le virus du SIDA à deux partenaires féminines, mais ma connaissance s'arrête ici.

saoul-fifre 08/06/2005 14:22

Brrrr, ça fait froid dans le dos...
Matthieu, vous avez fait du droit, non ? Ou bien s'il y a les habituels juristes (Tarquine, Raboliot, Eolas) à l'écoute ? Y a t'il des jurisprudences claires sur ces cas d'empoisonnements criminels ?

matthieu 07/06/2005 17:46

Patrice > Ce qui était tragique dans ce reportage, c'est ce mec qui choppe le SIDA, et qui se rend compte trop tard de la connerie... En fait, on voit la réaction du type qui joue à la roulette russe lorsqu'il se rend compte qu'il y avait une balle dans la "chambre à balles" (je sais pas comment ça s'appelle, désolé)
Dr Devo > Oui, mais ce paradoxe du Sida a ceci de particulier qu'il n'a pas d'issue...
Julia > Ah, merci alors... Je suis tellement pas doué en anglais que j'avais regardé la traduction dans un dictionnaire.
Humaniste > Oui justement, j'en reprendrais bien un peu...
Leno > Au début, j'ai cru que t'avais mangé Diam's. Mais après, j'ai vu que ça voulait dire quelque chose, alors j'ai été rassuré. En plus, c'est fort possible l'histoire des prédateurs/victimes...

Leno 07/06/2005 17:39

oui je crois que j'aurais compatis pour Doug, mais il y a tellement de gens (homme ou femme) qui chope le virus sans le faire exprès, que celui qui le fait exprès..tu sais plus quoi dire à la fin.
c'est vrai que c'est de la connerie a son dernier stade. ça doit etre une forme de romantisme (qui est aussi un autre mot pour dire "connerie").
ou alors au contraire, le coté sexe=danger. Peut-être quand t'as le "poison", t'es du coté des "prédateurs", et en plus si tu l'as fait exprès, il y a plus le coté victime, passif. T'es Maitre de ton Destin (on dirait des paroles pour une chanson de rap, yo !) J'en sais rien moi. C'est nul en tout cas. on est bien d'accord.
et l'effet "Nuits fauves" ? (je m'interroge)

Vous reprendrez bien un peu d'humanisme ? 07/06/2005 15:39

Cela fait tout simplement frémir que par un processus mental on en arrive à vouloir devenir séropositif. Mais cela fait encore plus frémir que certain profite de cette absence pour refiler le virus. Ce monde a des côtés désespérants er incompréhensibles.
L'humaniste.