Le petit garçon et la petite fille

Publié le par Matthieu C.

Il était une fois un petit garçon et une petite fille. Ils étaient nés à quelques jours d'intervalles, et faisaient tous les deux la fierté de leurs parents. En fait, surtout de leurs mamans, qui ne cessaient de s'extasier devant la beauté de leurs bambins. Ces deux femmes ne se connaissaient pas, et leurs enfants non plus. Ils ne fréquentaient pas la même école, n'habitaient pas le même quartier, n' avaient pas le même styles de copains. Ils n'avaient aucune chance de se rencontrer.

La petite fille a grandi. Elle allait à l'école, rêvait de rencontrer un mari digne d'elle, un ingénieur ou un architecte, comme son père. Un homme qui la couvrirait de bijoux, d'amour, d'enfants.

Le petit garçon a lui aussi grandit. Il rêvait de rencontrer une fille (en fait, il rêvait de rencontrer DES filles) avec qui il pourrait faire des enfants (il voulait pleins d'enfants). Le petit garçon qui avait grandit rêvait de servir son pays pour quelque chose de grand.

Tous les deux avaient pourtant le temps. A 16 ans, on a encore le temps de rêver, le temps de la concrétisation viendra plus tard. Tous les deux rêvaient donc, sous les yeux de leurs mères respectives, qui les couvraient toujours avec amour. Le même que lorsqu'ils n'étaient encore que des bébés à la maternité.


Un jour, un homme est venu voir le petit garçon qui avait grandi. Il est venu lui parler de grandes choses. Et ce petit garçon qui avait grandi, qui n'était pourtant encore qu'un enfant, a écouté. Et ce qu'il a entendu lui a plu. Il allait pouvoir servir son pays, et, en plus, avoir pleins de filles, lui qui n'en avait eu aucune, mais qui avait, en pensée, possédé les plus belles filles qu'il avait croisé. Il ne parla pas à sa mère de cet homme, mais était de plus en plus subjugué par ce qu'il entendait.

La petite fille qui avait grandit semblait plus sage, moins turbulente. Mais elle ne partageait pas moins des tas de secrets avec sa meilleure copine, qui allait dans la même école qu'elle. Oh, elles ne se parlaient que de “trucs de filles“, mais pour elles, ces secrets étaient plus important que le secret nucléaire. En fait, cette petite fille qui avait grandi ressemblait à toutes les autres petites filles qui avaient grandi.


Un jour, la petite fille qui avait grandi demanda à sa mère si elle pouvait aller voir sa copine, pour faire leurs devoirs ensemble. Bien sûr, c'était surtout pour parler du sourire de David, et de ses yeux. Mais ça, elle ne pouvait pas le dire à sa mère, elle s'était donc contenté de lui parler des devoirs. Et sa mère avait accepté. Et elle avait regardé la petite fille qui avait grandi prendre le bus.

Le petit garçon qui avait grandi avait appris, le matin même, que le grand jour était arrivé, que c'était le jour pour faire de grandes choses pour son pays. C'est l'homme qui le lui avait dit. Il ne mentait jamais, le petit garçon qui avait grandi avait pu le vérifier pleins de fois. Le garçon s'est donc préparé en cachette, pour ne pas que sa mère le voit, car il ne savait pas si elle serait d'accord. Lorsqu'il est sortit, il a dit à sa mère qu'il allait juste rendre une visite à son frère, qui habitait un peu plus loin dans le quartier. Et elle a regardé le petit garçon qui avait grandi s'en aller à pieds.

La petite fille avait rendez-vous avec sa copine à l'arrêt de bus qui dessert le marché de Jerusalem, car elles comptaient aller y faire un tour avant d'attaquer leurs devoirs. La petite fille qui avait grandi regardait un foulard sur un étal, et sa copine n'avait pas vu qu'elle s'était arrêté, elle continuait donc sans elle.

Le petit garçon était lui aussi sur ce marché, il savait pourquoi. Il savait ce qu'il devait faire. Arrivé à proximité d'un étal de foulards, où il y avait beaucoup de monde, le petit garçon qui avait grandi a appuyé sur un bouton. Aussitôt, la bombe a explosé, le tuant, et tuant une petite fille qui avait grandi et qui regardait un foulard en se demandant ce qu'en dirait David.

Ce soir là, deux mères ont pleuré leurs enfants, de la même facon, avec les mêmes larmes. Pendant ce temps, très loin au nord, dans un pays européen, des gens qui ne connaissaient ni le petit garcon, ni la petite fille, ni personne qui était susceptible de les connaître, ces gens débattaient pour savoir laquelle des deux mamans avait le plus pleuré.

Matthieu

Publié dans C'est pas drôle

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