Mourir, cela n’est rien, mourir, la belle affaire, mais vieillir… (Jacques Brel)

Publié le par Matthieu C.

Hier soir, sur France 3, une émission sur les vieux. Mais attention, pas un émission frelatée avec une vieille pétée de tunes qui vient nous dire qu’il faut donner du fric (pendant qu’elle prend des avions gratos pour aller voir la plus grosse omelette aux truffes du monde - authentique).

Non, une vraie émission, avec de la vraie émotion et des vrais gens. Le thème, c’étaient trois jeunes qui passent un BEP sanitaire et social qui font un stage dans une maison de retraite :

Y’avait une espèce de conne pimbêche à qui une vieille dame a demandé :

- C’est quoi vos rêves dans la vie ?

- Pour l’instant j’ai pas de rêve, a répondu cette pauvre fille qui a eu du mal à comprendre la question, étant donné que ça ne figure pas dans les tests de "Jeune et Jolie".

- MAIS C’EST A VOTRE AGE QU’IL FAUT REVER l’a disputé la mamie, qui elle, avait des rêves de jeunesse à revendre.

Y’avait une autre fille un peu effacée, mais y’avait surtout Walid, un jeune « de banlieue » comme disait le programme télé. Il était vraiment bien lui, et d’une tendresse… Par exemple, il veut habiller madame Laurent :

- Allez m’ame Laurent, on va vous habiller.

- Laissez-moi, c’est fini. C’est la fin.

 

Brel chantait « les vieux ne rêvent plus, ou alors seulement, parfois du bout des yeux »… Et ben non. Les vieux qu’on a vu rêvent encore, et ensemble. Ainsi monsieur Pagonni qui lisait un magazine dans la chapelle, en attendant que la messe soit terminée, et que madame Fangeot ait fini de prier. Pour eux, lui a-t-elle dit en venant le chercher. Et monsieur Pagonni, qui se fout de la messe comme de sa première cigarette a écrasé une larme devant cette déclaration qui valait tous les poèmes du monde.

On revoit, quelques instants plus tard, ce couple qui s’est formé à la maison de retraite. Ils n’ont pas grand-chose à se dire, les souvenirs accumulés chacun de son côté laissent peu de place à un couple, alors ils regardent l’heure. Enfin, madame Fangeot regarde l’heure.

- Il est 10 h 10.

- C’est vrai ?

- Ben oui, j’te ment pas.

- C’est vrai, tu me ment jamais.

Monsieur Pagonni encore, à qui Walid disait :

- Redressez-vous s’il vous plaît.

Le vieux monsieur Pagonni a répondu :

- C’est pas « s’il vous plaît » qu’il faut me dire, c’est « si vous pouvez ».

 

Walid n’a pas laissé tombé avec madame Laurent (celle pour qui c’était la fin), il l’a habillée, et elle était finalement toute heureuse de regarder de vieilles photos avec Walid :

- C’est qui cette belle femme m’ame Laurent ?

- C’est moi.

- Vous étiez rudement belle.

Sur le tourne disque dans la salle commune, Lucienne Delyle chante « mon amant de Saint Jean » : « Car on croit toujours / aux doux mots d’amours / quand ils sont dit avec les yeux »…

Et m'ame Laurent, cette femme plus ridée qu’une vieille pomme flétrie est redevenue belle en cet instant.

 

Matthieu

Publié dans la télé

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