Souvenir d’un cueilleur de pêches

Publié le par Matthieu C.

« c’est un péché de ne pas manger de pêches en été » disait un slogan aussi con que simplissime dans les années 80 (oui, hier quoi). Et ben je peux vous dire qu’en ramasser, des pêches, c’est… comment dire en restant mesuré et sobre ? Un boulot de merde, mais de merde !!!

 

Bon déjà les horaires, y’a intérêt à aimer se lever tôt. La cueillette commençait à 7 heures. Lorsque les arbres sont encore pleins de rosée, et que ramasser une pêche vous fait tomber sur la tronche autant de litre d’eau qu’il en tombe annuellement dans le Sahara. Heureusement, avec la chaleur, les arbres sèchent vite, si bien que vers 8h30 – 9h, les arbres sont secs et le thermomètre flirte avec les 30 °. Un plaisir je vous dis.

Pour ramasser les pêches, on est équipé d’une bricole, une espèce d’instrument de torture probablement inventé par un moine fanatique au moyen-âge. Deux sangles passent en se croisant dans le dos, et sur le devant, à hauteur du nombril, une armature en fer permet de poser une cagette en plastique dessus, cagette destinée à recevoir les merdes pêches.

 

Evidemment, le travail se fait en équipe… Deux personnes par rangée, un à gauche, un à droite. Et c’est là qu’intervient la solidarité. En effet, l’esclavagiste le paysan qui nous embauchait faisait venir des marocains du Maroc depuis 25 ans. Ceux-ci passaient 6 mois en France, à trimer comme des fous (vous noterez que j’ai ici évité l’emploi abusif du mot « nègre »). Ils étaient une vingtaine, tandis que nous, qui habitions en France (deux marocains, super sympa avec qui on pouvait bien discuter, Sébastien, un des types les plus cons que la terre ait porté – il nous a soutenu avoir vu sur arte un reportage sur le Dahu, après que nous lui ayons parlé de cet animal mythique, Maxime un type assez sympa, et moi-même) étions entre 5 et 8. Les marocains importés se mettaient toujours ensemble, travaillaient à une vitesse incroyable (bon, en même temps, ils faisaient ça depuis 25 ans), et nous attendaient avec force commentaires pour que nous nous fassions engueuler par le paysan. Oui, la grande classe.

 

Bien évidemment, lorsque le paysan n’était pas là, certains se jetaient sur leurs cigarettes comme la vérole sur le bas clergé. Dont moi. Et Mohammed, le chef des marocains du bled, s’empressait de faire un rapport au paysan, chaque soir, sur ce qui s’était dit et passé dans les champs.

 

Le travail se poursuivait jusqu’à 12 h, puis une pause d’une heure avant la reprise de 13h à 18h. Du lundi au samedi. Dans un mois, ça commence à faire des heures. Le salaire était versé intégralement en liquide, avec une feuille de paie misérable (30 heures par mois je crois), tout le reste au noir…

 

Il existe une variété de pêche qui a la particularité d’attirer des araignées rouges microscopiques. Lorsque vous saisissez la première pêche, vos mains commencent à vous brûler. A ce moment-là, surtout ne pas s’essuyer le front. La sensation de brûlure se propage alors au visage, et je vous jure que c’est intenable.

 

Quand je pense que j’ai fait ça 2 années de suite, finalement, je suis pas si mal avec Simone au bureau tiens…

 

Matthieu

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L'urologue 01/01/2006 18:14

Le probleme de la pêche , c que sa laisse des traces dans le falzard . Otant dire que quand tu va o WC le matin tu te rapelle que tu fait la ceuillette de pêches .  ( que tous le monde laisse inexorablement coulé sur la ceramique ) J'aime la pêche , a sa ouai j'aime.

Matthieu C. 01/01/2006 18:44

Merci de cette précision médicale !!!

Rava 28/06/2005 19:18

J’ai fais les vendanges, bosser en usine
et après on s’étonne que des gens soit associable...

Uso Dorsavi 28/06/2005 15:40

Sébastien avait peut-être vu sur Arte un reportage sur Etienne Dahu ?

nini 28/06/2005 13:48

moi j'ai travaillé 3 semaines comme responsable dph du rayon super u.
début 5 h du mat, fin à on ne sait jamais.
et ben dis donc comment que je te leur ai salopé le travail et foutu le bordel dans la réserve (l'on pas volé !)

Jid 28/06/2005 10:25

Un stage ouvrier à 12 ou 14 ans et je suis persuadé que plus de gamins s'intéresseraient à l'école.