Monsieur W.

Publié le par Matthieu C.

« Les vieux ne rêvent plus, ou alors seulement parfois du bout des yeux » chantait Jacques Brel à une époque où les vieux n’étaient pas élus Président de la République aux côtés de leur minable bonne femme, petite vieille qui, telle Ma Dalton, ne pense qu’à racketter les honnêtes gens.

En fait, je sais même pas pourquoi je dis ça, parce que monsieur W. n’a rien à voir avec tout ça.

 

Monsieur W. a l’air d’avoir 90 ans. Il ne s’appelle peut-être même pas monsieur W., mais il fallait bien que je lui donne un nom. Et comme monsieur W. est alsacien, il est possible que son nom commence par un W. Bref… Assez grand, il est toutefois très voûté, et sous son grand front (il est chauve) percent deux petits yeux apeurés qui regardent partout (oui, c’est un peu la fonction des yeux, je sais). Monsieur W. est chaussé de deux vieilles pantoufles qui ont dû en voir, elles aussi. Mais ça à l’air égal pour monsieur W., qui porte à la main une paire de chaussure neuve, vous savez, ces chaussures beiges ajourées en plastiques, qui doivent coûter 2 euros… Et monsieur W. se jette sur Jules et moi, alors que nous sortons d’uns espèce de brocante minable organisée dans le village…

 

Monsieur W. vient tout droit de la maison de retraite qui jouxte la rue, ses pantoufles aux pieds et ses chaussures à la main. Il se jette sur nous comme la vérole sur le bas clergé, et commence à tenter de nous parler. Oui, je dis « tenter », parce qu’on ne comprend rien. Mais alors, rien de rien. En plus, monsieur W. parle un curieux mélange d’allemand, d’alsacien et de français. Et comme il parle plus vite que Michel Rocard (au début, j’ai même cru que c’était lui), je vous laisse imaginer. Bref, monsieur W. est incompréhensible, si bien que nous lui demandons s’il a besoin d’aide. Ca a l’air de le rassurer qu’on lui parle, parce que tout à coup, son débit se ralentit. Et là, on parvient enfin à comprendre ce qu’il veut (oui, parce qu’il a beau nous répéter qu’il est fou, qu’il a deux cicatrices sur le crâne et que son œil droit ne voit plus, il a de la suite dans les idées) : en fait, il veut vendre les chaussures qu’il porte à la main pour aller s’en « jeter une lampée chez Hess », fait-il en portant une bière imaginaire à sa bouche. Hess, c’est un petit bistrot. Et il veut savoir combien peuvent coûter ces chaussures, pour savoir à combien de lampées il aura droit.

 

La déception se lit sur son visage lorsque nous lui disons que nous ne savons pas. Il nous remercie quand même, nous dis de faire attention parce qu’il est surveillé et nous promet de bien marchander ses chaussures, pour en tirer le meilleur prix pour allez s’en jeter chez Hess.

 

Et monsieur W. est donc parti comme il est arrivé, d’une démarche mal assurée et jetant des yeux peu tranquilles autour de lui.

 
Si un jour vous me voyez errer dans la rue en train d’essayer de vendre mes chaussures pour aller boire un coup chez Hess…
Non rien.

 

Matthieu

Publié dans C'est pas drôle

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Matthieu 06/07/2005 06:38

Sénio > C'est gentil de me lire aussi attentivement !
Salomé > Merci !
Eric Le vert > Ben moi non plus

Eric Le Vert 05/07/2005 21:01

Si un jour je te vois boire un coup , je te vends mes chaussures .
Euhhh... Me suis un peu emmêlé les pédales (Tour de France le retour).
Cela dit , tu vois , comme la rubrique dans laquelle est classé ce courrier , "c'est pas drôle "....J'espère ne pas vieillir comme ça moi ...

Salomé 05/07/2005 20:51

Si un jour j'te vois dans la rue en train d'essayer de vendre tes chaussures, j't'emmène boire un coup chez Hess...

Sénio 05/07/2005 19:25

"Il se jette sur nous comme la vérole sur le bas clergé,"
comme tu l'as déjà utilisée y'a pas longtemps celle-là, me semble-t-il, je t'en donne une autre :
"il se jette sur nous comme la misère sur le monde"

si un jour ... non rien.

Matthieu 05/07/2005 17:06

Merci Eric !