La fierté d'être con

Publié le par Matthieu C.

Qu’est-ce que le communautarisme ? C’est le fait de s’enfermer dans un système de pensée, dans lequel seul les personnes pareilles que soi sont biens, et les autres, exclues de ce monde, sont donc mauvaise. Ainsi, chacun se gargarise de ses différences, plutôt que de vivre avec celles des autres. Le communautariste se dit fier de sa différence…

Mais si on ajoute toutes les différences, on se rend compte que les différents sont finalement beaucoup plus nombreux que les non différents.

Puis fier de sa différence, ça veut dire quoi ? De quel droit peut-on se vanter d’être né noir ? La personne qui née noire y est-elle pour quelque chose ? A-t-elle accompli un acte héroïque pour mériter l’immense privilège de ne pas être blanc ? De même pour le juif, le gay, la lesbienne, le maghrébin, l’arabe, le breton, l’alsacien… etc

La liste est infinie.

 

Que dirait-on si un chanteur très connu s’alliait avec un autre chanteur très connu pour chanter sa fierté d’être français de souche, pour se glorifier d’être blanc, pour proclamer que pour rien au monde il n’aurait voulu être noir ? Quelle serait la réaction du MRAP par exemple ? Et de Julien Dray et autres bien penseurs de gauche ? Une juste indignation, je pense.

Alors, pourquoi est-ce que personne n’est dérangé d’entendre Noah chanter sa fierté d’être métisse ?

Je suis fier d'être métis […]

Multicolores, anti-connards et tous mes colocataires
Caracolent en tête pour des idées
D'un monde plus métissé

Qui est ce type pour dire qu’un monde métissé est mieux ? Avec sa fierté mal placée qu’il porte comme un étendard depuis qu’il est connu, il veut en venir où ?

 

Autre chose : on entendrait quoi si une personne connue pour son homosexualité en parlait tous les jours à la radio, en incitant ses auditeurs à traiter les autres de « youpin », au moins une fois par jour, dans différentes circonstances (au cinéma, dans la rue…). Là, pareil, on aurait la même levée de bouclier (sauf le MRAP hein, le MRAP, c’est pas pour les juifs)…
Et on a quoi en ce moment (bon, pas en ce moment parce que c’est la vacances, mais l’autre connard va sévir dès la rentrée) ? Arthur, qui nous parle en long en large et en travers de sa judéité, qui invite tous ses amis juifs dans ses émissions, tout en prononçant le terme de « pédé » avec une insistance régulière tout au long de ses émissions. Oui, parce qu’il s’en délecte de ce terme, il suffit de l’entendre. Rien que le mot le fait hurler de rire.

 

Un jour, on vivra dans une société où on ne regardera plus son voisin sous prétexte que c’est un nègre (alors qu’on est soi-même un bougnoule) ou un pédé (alors qu’on est soi-même youpin) ou un gogol (alors qu’on est soi-même Jean-Louis Debré).

Un monde où l’égalité sera tellement vivante qu’on aura plus de connards pour chanter leur fierté d’être français de souche ou leur fierté d’être métis.

Un jour…

 

Matthieu

Publié dans C'est pas drôle

Commenter cet article

Salomé 10/08/2005 19:19

Je suis revenue… Pas pour longtemps, je repars…Mais je ne peux pas m’empêcher d’ajouter mon grain de sel. Je sais, Monsieur l’Humaniste va encore dire : Un gros grain ! :-)…
On a tous besoin de se sentir comme faisant partie d’une communauté. C’est un besoin fondamental pour se sentir moins seul (faut dire que chacun est toujours seul dans la vie, et trouver des gens avec qui on se sent moins seul, ça aide…) En ce sens, le communautarisme se comprend. MAIS, se sentir faire partie d’une communauté ne veut pas dire qu’il faut privilégier cette communauté par rapport aux autres. Car la discrimination, qu’elle soit positive ou négative, c’est toujours de la discrimination. Et une discrimination positive vis-à-vis d’une personne (ou d’une groupe de personnes) entraîne toujours une discrimination négative à l’encontre de quelqu’un d’autre. Alors, accepter les différences, oui. Mais privilégier quelqu’un A CAUSE de ses différences, non. La véritable égalité, c’est que, bien que faisant partie d’une communauté, on ne se sente pas ‘supérieur’ à ceux qui n’en font pas partie, qu’on ne donne pas la priorité à certains par rapport à d’autres plus ‘qualifiés’ pour la SEULE raison qu’ils font partie de la même communauté que soi. Je m’explique avec un exemple concret : On est toujours obligé de donner des priorités, de faire des choix, pour tout. Si je suis en mesure d’apporter de l’aide à une personne et une seule, et que je dois choisir, entre deux, je choisirai d’abord celle qui a le plus BESOIN de cette aide et non celle de qui je me sens le plus proche. (Plus concret encore : entre, demain, aider mon voisin à déménager ou aller faire des courses pour ma sœur, je choisirai en fonction du besoin de la personne et ensuite en fonction de l’aide réelle que je peux apporter. J’essaierai de prendre en compte toutes les données, à savoir, si mon voisin a déjà quinze personnes pour déménager, je choisirai ma sœur, mais si ma sœur peut solliciter quelqu’un d’autre pour ses courses ou attendre un jour de plus, je choisirai mon voisin…Par contre, si mon voisin me demande de lui porter son piano à moi toute seule ( !), je lui suggérerai sûrement de trouver du renfort sinon, ce sera impossible)
A toutes choses égales, je choisirai au final en fonction de l’appartenance à une communauté, bien sûr, c’est naturel, c’est humain. (Au volant, entre écraser un chien et écraser un être humain, je choisirai d’éviter l’être humain en priorité parce que je suis un être humain aussi et que j’accorde plus d’importance à une vie humaine qu’à celle d’un (autre) animal. S’il s’agit de la vie de deux êtres humains dont l’un m’est très cher, j’essaierai de faire courir le moins de risques à celui à qui je tiens, mais ça ne veut pas dire que je foncerai sur l’autre, en tous cas, j’essaierai de trouver une troisième solution qui ménage les deux…)
Il faut savoir élargir sa vision de la communauté et non la rétrécir. Cela veut dire que tout dépend de ce dont il s’agit. Quand c’est une question de vie ou de mort, je ne peux pas privilégier un être humain par rapport à un autre, qu’il soit noir, blanc, jaune, métis, quelles que soient ses opinions, ses croyances, ses préférences sexuelles ou autres, deux êtres humains sont strictement égaux, moi y compris. Quand il s’agit d’une chose de moindre importance, je peux privilégier ceux que je connais. (Il est bien évident que je ne peux pas faire un cadeau d’anniversaire à tous les êtres humains de la terre…)
Pour la qualification, c’est la même chose. Si j’étais employeur, et que j’ai à choisir entre plusieurs personnes à employer, je choisirai celle qui me semble le plus qualifiée pour effectuer le travail et non la sœur du petit cousin de ma crémière parce que ma crémière me fera des ristournes sur le beurre que je lui achète.
Mais bien sûr, je peux me tromper dans l’évaluation que j’ai de la ‘qualification’, nul n’est à l’abri d’une erreur. Ce qu’il faudra ensuite, c’est éventuellement savoir remettre mon choix en question…
En plus, je privilégie obligatoirement les gens que je rencontre, pas par choix, mais par nécessité. Je donne un euro au mendiant que je croise, mais forcément, pas à celui que je ne rencontre pas… Mais si chacun, A TOUS NIVEAUX appliquait les mêmes principes, les inégalités seraient quand même beaucoup plus réduites… (Oui, c’est valable pour les pays aussi…) Et à mon avis, cela passe par une prise de conscience de chacun. C’est sur cette prise de conscience qu’il faut travailler, c’est cette prise de conscience qu’il faut susciter chez les autres (y compris et surtout chez les politiques et chez ceux qui détiennent le pouvoir de l’argent car l’échelle est beaucoup plus grande) mais aussi sur le plus de monde possible, car chacun détient un pouvoir quelconque, à un niveau quelconque à un moment donné.
Alors « Aider prioritairement ceux avec qui on partage une particularité » oui, mais tout dépend de la nature de l’aide et du besoin de la personne.
En résumé, je suis d’accord avec Archignac, quand il dit qu’il faut lutter contre le repli communautaire ; reconnaître les différences n’est pas mauvais en soi, tant qu’on ne privilégie pas quelqu’un, ou qu’on ne défavorise pas quelqu’un EN RAISON de sa différence. Et il y a bien évidemment des différences dont il n’y a pas de quoi être fier ni avoir honte d’ailleurs Etre noir, être homo, être handicapé, il n’y a pas à en avoir honte, il n’y a pas à en être fier non plus. Etre né quelque part plutôt qu’ailleurs, être un homme plutôt qu’une femme (ou l’inverse), être métis, être né riche ou pauvre, idem. C’est pareil pour tout ce qui ne résulte pas d’une volonté quelconque. Malgré tout, on peut être fier de ses choix (tout au moins de certains de ses choix, il faut aussi savoir reconnaître qu’on peut faire parfois de mauvais choix, mais si on s’en aperçoit, mieux vaut les rectifier dans la mesure du possible) car là c’est plus une question de volonté. On n’a donc à ‘revendiquer une ‘différence’ que si les autres se permettent de considérer cette différence comme vous rendant inférieur, et encore, ce n’est pas la différence en soi qu’il faut revendiquer, mais le droit à cette différence. (Pour Eric M. : On n’a pas à ‘assumer’ une différence, elle existe, c’est tout. Ce qu’il y a lieu d‘assumer, ce sont les CONSEQUENCES d’une différence) Je ne revendique pas le fait d’être une femme, je revendique le droit d’être une femme, par conséquent différente d’un homme, mais sans que cela ne me place en position d’infériorité (pas plus que de supériorité d’ailleurs). Pour les choix, c’est la même chose : si moi-même il m’arrive de faire des choix que je juge mauvais après coup, je dois reconnaître aux autres le droit de faire des choix mauvais, tout le monde peut faire des erreurs, moi y compris. Ce qui me semble essentiel, c’est de savoir se remettre en question. (Ensuite, si je peux aider les autres à se remettre en question aussi, c’est super…)
Je pense en plus, toujours en complément de ce que dit Archignac, que faire du ‘Don Quichottisme’ n’est pas obligatoirement inutile. Cela peut permettre une prise de conscience chez des personnes qui n’auraient pas eu cette prise de conscience sinon, ça peut aider à ce qu’ils se remettent en question. Et après la prise de conscience vient souvent l’action, quelle qu’en soit la forme…
D’autre part, Archignac, comment peux tu parler de « défaite de la République » ? Je pense quand même qu’on a un tout petit peu avancé depuis l’époque de l’esclavagisme, même s’il reste encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire…
Cossaw : « l’égalité est un droit garanti par la loi » Oui, mais la loi n’est pas toujours appliquée, (cf : la défaite de la République…) c’est bien pour ça qu’il faudrait arriver à changer les mentalités (C’est valable pour d’autres lois aussi d’ailleurs), faire comprendre à tous que ce droit là (l’égalité) est un droit fondamental, comme la liberté, et que tous les autres droits en découlent : le droit à une vie décente, le droit à l’accès à la nourriture, aux soins, au logement etc…Le préalable à tout, c’est que tout droit qu’on s’accorde à soi-même, on a le DEVOIR de l’accorder aux autres : Comme ça, si je ne veux pas que quelqu’un me tue, je n’ai pas le droit de tuer…

cossaw 10/08/2005 09:56

Dans le cas des revendications des noirs américains, au début, le terme de "fierté" (comme plus tard chez les gays) était véritablement compris de tous comme étant l'opposition directe face à la honte qu'on leur voulait imposer. Cétait compris ainsi. Puis est venue l'apparition d'un mouvement de fierté qui se voulait identitaire, c'est à dire "je suis fier d'être ceci ou cela" par oppositon à être autre chose, ce qui voulait dire que la fierté prenait alors son sens original... et cela prenait alors une tournure différente parce qu'on exacerbait la différence en assurant ainsi sa supériorité par rapport aux autres...
Fier d'être de telle religion, par exemple, signifiant que toutes les autres religion et plus encore les agnosties et athéismes, étaient vains voire mauvais...

L'idée générale est toujours la même : comment utiliser la langue pour se mettre en avant au mépris des autres...

Je suis parfaitement d'accord sur le fait qu'il n'y ait aucune fierté à avoir d'être qui l'on est. Sauf, peut-être pour dire qu'on est fier d'être la première femme née de fécondation in-vitro, mais ce n'est pas de soi alors qu'on est fière :)

Ceci dit, un point de langue et de droit :
La différence est effective, l'égalité est un droit garanti par la loi. La loi garanti que si la différence (éthnique, religieuse, sexuelle) existe alors elle n'a pas de conséquences dans les droits et devoirs de chacun vis à vis de al société...

Eric_M 07/08/2005 23:41

et désolé de t'avoir privé d'un t !

Eric_M 07/08/2005 23:40

je reviens un peu tard, mais sur le terme "revendiquer", le Larousse de poche précise:
1. Réclamer ce qui nous appartient et dont on est privé
2. Demander comme un dû
3. Assumer (revendiquer la responsabilité de ses actes)
C'est évidemment dans ce dernier sens que j'entends "revendiquer sa différence" c'est-à-dire l'assumer. Et c'est comme ça que je comprends l'idée d'en être fier.
Mais tu as raison Mathieu, il y a une ambiguité qu'on ne peut pas lever. Bravo pour ton article, il m'aura bien fait réfléchir ;)

Matthieu 06/08/2005 21:52

Sénio > il ne dit pas qu'il est fier de ses parents (et d'ailleurs, il n'est pour rien dans les actes de ses parents, il n'y a donc pas de quoi s'en vanter), il est fier d'être métis. Donc content de ne pas être tout blanc (ou tout noir, ou tout jaune, ou tout juif)