Petite fille à quoi tu rêves ?

Publié le par Matthieu C.

BOULOGNE-SUR-MER (AFP - 12:04) La "dérive de deux adolescentes" de 15 et 14 ans, selon les mots du procureur de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), s'est traduite par le suicide de l'une d'entre elles, près de Calais, et celui, "très probable", de l'autre, toujours recherchée mercredi. […] Auparavant, le parquet de Boulogne avait précisé que les deux adolescentes avaient formé un "projet d'autolyse (suicide, ndlr) (...) à la suite d'une rupture sentimentale de l'une d'entre elles avec son ami de coeur".

Petite fille, à quoi tu rêves Devant ton siècle qui se lève

Petite fille, tu croyais quoi ? Tu croyais que tu allais rester toute ta vie avec ce garçon ? Tu croyais qu’il était le centre de ton univers, et toi du sien ? Tu croyais quoi ? Que quand il te disais « je t’aime pour toujours » il était sincère ? Mais on n’est pas sincère quand on est un garçon de 15 ans. On se promet des choses mais c’est pour de faux, c’est pas vrai. Ca vaut pas le coup de se suicider pour un garçon.

Même s'il te reste un peu d'amour Ça risque de pas peser lourd

Il t’as laissé ? Et tu as pleuré avec ta meilleure copine ? Et alors ? Tu pouvais pas aller acheter « jeunes et jolies » pour lire l’article « se remettre d’une rupture avec son mec » ? T’étais toute seule à aimer, lui ne te voulais plus et alors ? Ca arrive à des milliers de personnes tous les jours ça. Et tout le monde ne va pas se suicider.

Petite fille, à quoi tu penses Entre un flash et deux pas de danse

Y’a que dans les livres qu’on voit des histoires d’amours éternelles, de suicides par amour. Tu n’étais pas Juliette, il n’était pas Roméo. La preuve ? Il est pas mort. Et tu croyais quoi ? Que le jeune Werther était plus heureux mort que vivant ? Que parce qu’on meurt par amour on ne meurt pas vraiment ?

Tous les flambeaux manquent de feu Leurs flammes réchauffent si peu

Mais quand on est mort, en s’en fou de pourquoi. La mort c’est pas ce truc qui peut paraître attirant quand ona 15 ans et que personne vous aime et qu’en plus les parents font chier. La mort, c’est pas un repos. La mort, c’est rien. C’est juste être tout froid et ne plus jamais avoir de réactions. La mort c’est pas beau et propre comme on voit dans les films, la mort c’est sale et puant.

Petite fille, à quoi tu rêves Y a tant de baudruches qui crèvent

Mais tu croyais quoi ? Qu’en mourrant tu serais plus heureuse ? Il est où le bonheur quand on est un corps sans vie repêché de l’eau ? Il reviendra pas le garçon, c’est trop tard. La mort, c’est pas un jeu auquel on peut se livrer juste pour le fun, pour dire « je l’ai fait ». Quand on est mort, c’est pour longtemps ; Juliette n’a jamais revu Roméo, et ça, ton suicide ne pourra pas le changer.

Petite fille, à quoi tu penses Entre un plaisir et deux romances

Il te restais pleins de choses à tester, à vivre. Bien sûr, il te restait aussi des trucs chiants, t’aurais grandi, t’aurais eu des factures à payer et des gens que tu n’apprécies pas, t’aurais eu à affronter les dragons de la sécu et peut-être même ceux de l’ANPE. Mais t’aurais aussi rencontré d’autres garçons, ou d’autres filles, t’aurais eu une vie, t’aurais même pu arranger ta vie comme tu le voulais. Et t’as préféré mourir ? Pour quoi faire ? Pour qu’on parle de toi ?

Petite fille inconséquence Entre deux tempos qui balancent Est-ce une présence, une absence? Est-ceblessure, est-ce naissance ?

Mais tout le monde s’en fou de toi, on parle d’autre chose en ce moment. Tu ne seras pas un mythe, juste une pauvre petite fille morte d’avoir trop aimé.

Matthieu

Les phrases en italiques sont extraites de la chanson "petite fille" de Jean-Jacques Goldman.

Publié dans C'est pas drôle

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veronique 23/06/2005 16:53

Je viens de lire ton texte, je ne repproche que le final un peu incisif, crois tu que nous les avons oubliées ? Crois tu que ses ami(e)s les ais oubliées ? La douleur de leurs absences est toujours aussi vive cinq mois apres, mais je comprends malgré tout tes mots, tu leurs parle comme si elles pouvaient t'entendre, tout comme je le fais, tout comme je leurs cris ma colere et ma douleur, mais ma voix me fait echos, mes mots résones dans le vide.
Oui, que ce soit Noémie ou que ce soit Clémence(dont nous n'avons toujours pas retrouvé le corps)ils leurs restait pleins de choses a vivre et a tester, pleins de larmes et de rires a connaitre, oui elles aurais pu et aurais du avoir une vie, et elles ont préféré la fuite sans vraiment comprendre ce que cette fuite avais de finalitée...
Elles etaient deux enfants, deux poupées pleines de vie, l'une est maintenant allongé pour l'eternité, et l'autre derive certainement au gré des courants, vers des paysages que ses yeux ne verront jamais...
Non elles ne sont pas un mythe, elle ne seront jamais un mythe, elles sont juste une blessure qui ne cicatrisera jamais dans le coeur de ceux qui les aimés.
Au revoir petits anges ...
Je t'aime Clémence.

zazou 30/04/2005 19:13

au hasard du net, je viens de tomber sur ton texte.
elle croyait que la vie était amour et bonheur, que lorsqu'on donnait on recevait avec le même idéal, la même force. A 15 ans, ou à n'importe quel âge quand on est entier, on souhaiterai échanger avec la même intensité. A 15 ans, on a des tas d'amis et pourtant on est tout seul. Dans ces moments de rupture, qui est là pour leur expliquer, les soutenir (même s'il refuse cette aide) ? QUI ? Chacun est pris dans sa vie, ne se préoccupe de personne et encore moins d'un flirt d'adolescent. Oui, ces ados construisent leur personnalité et se rebellent contre tout. Cette rebellion nécessite pourtant une présence, quelqu'un qui représente un exemple ou tout du moins quelqu'un de droit et de juste voire quelquepart d'intransigeant pour leur donner des repères. Or aujourd'hui, qui dans votre entourage pourrait être cette personne? qui?...
Ces moments de rupture avec la vie nous les avons tous, ne vous voilez pas la face ; nous avons appris à les gérer tant bien que mal. On vit avec, ils sont là ; on les enfouit et surtout qu'ils ne reviennent plus! Génial, on va avancer dans la vie avec des émotions qui bouffent la vie parce qu'on n'a pas su dire ce qu'il fallait durant ces moments là. Sans être Mère Thérésa, faite simplement attention à vos sentiments et aux personnes qui vous entourent.

zig 06/02/2005 00:18

merci... surement aucun rapport avec cette note, mais fau bien kjle place kelke part.

Matthieu 30/01/2005 16:00

Tarva > oui, ce texte est dur. Mais le suicide d'une gosse ne l'est-il pas?
Invisibl > c'est vrai, cette fille n'était peut être pas armée. Mais en fait, je ne la critique pas, je trouve juste que c'est un énorme gachis de se suicider pour ça.
Tdad > Comment je dois le prendre? :-))
Yael > Merci
Jid > C'est gentil, merci
Docteur Devo > Goldman n'a pas fait que des bonnes chansons, loin de là. Même cette chanson (petite fille) contient des passages plus que creux. Mais certaines de ses chansons sonnent juste.
Nicolas (1) > Je ne vante rien, je dis juste que c'est vraiment con de se suicider quand on a 15 ans.
Nicolas (2) > A 15 ans, ta perception des choses est faussée par ce que l'on appelle la puberté. Tu n'as plus les mêmes repères, tu n'as pas eu le temps de t'en créer de nouveaux. Voilà pourquoi je dis qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait.
Salomé > Oui, c'est vrai. J'ai utilisé un raccourci un peu facile.

Salomé 29/01/2005 13:40

Nicolas > Bien sûr que c'était son droit. Cela n'empêche pas que c'est dommage d'en arriver là. La vie, il y a des jours où c'est pourri, mais il y a des jours où ça ne l'est pas. Et c'est dommage de ne pas pouvoir vivre ceux où ça ne l'est pas parce qu'on ne supporte pas ceux où ça l'est. Parce que parmi les jours où ça n'est pas pourri, il y en a quelques uns qui sont formidables... Plus ou moins, mais il y en a toujours. Pour tout le monde. L'important, c'est d'arriver à les reconnaître. Ecoute donc la chanson de Barbara "Le mal de vivre"... On n'a pas le devoir de vivre, c'est vrai. Mais il faut toujours, avant de faire quelque chose d'aussi définitif que se suicider, se souvenir que ce choix là est définitif, alors que tous les autres sont révocables.
Matthieu > Je ne suis pas d'accord quand tu dis : "On n'est pas sincère quand on est un garçon de 15 ans." Je crois qu'on peut promettre toutes sortes de choses, à tous âges, en étant sincère, sans pour autant que ce soit vrai. C'est vrai au moment où on le promet et c'est pour cela que c'est sincère. Cela n'est plus forcément vrai après, parce que tout le monde change...
Salomé