La tristesse (deuxième partie sur quatre)

Publié le par Matthieu C.

Je me suis endormi dans cette putain de cellule (oubliant par là-même le premier commandement de l’ivrogne ramassé par les flics : « dans la cellule de dégrisement tu ne t’endormiras pas »), et je me suis réveillé quand un truc chaud a commencé à me couler le long de la jambe. Le clodo le plus âgé, qui avait au moins 45 ans, un âge canonique pour un clodo, me pissait dessus. J’ai dit tranquillement au flic de garde :

« Hep, l’agent, tu peux dire à l’autre d’arrêter, il est en train de m’unire… de m’urie… MERDE, CE TYPE ME PISSE DESSUS ET VOUS BOUGEZ PAS VOTRE CUL ? »

Le flic a même pas levé la tête, il a continué à lire son journal, et je me suis préparé à passer une putain de mauvaise nuit, j’avais même pas la force de me lever pour en coller une au clodo…

 

J’ai dû m’endormir, parce que je me souviens de rien, après avoir gerbé dans un coin de la cellule. Quand je me suis levé, le bordel habituel, nom prénom adresse et tout, et ils m’ont laissé sortir. Je créchais dans une espèce de chambre, j’avais plus un radis (les flics m’avaient effectivement piqué tout mon fric) et je devais trouver une solution, et pour boire et pour payer la piaule. Le lundi, j’ai été cherché du boulot. Dans cette ville, du boulot, t’en avais. Mais du boulot merdique, dans des usines où tu vois des mecs abrutis de bosser depuis 30 ans.

 

Donc, le boulot consistait à clouer des cagettes. En fait, à clouer des planches pour en faire des cagettes. Et 3 planches dessous, deux sur les côtés, des coups d’agrafes à chaque fois, et on passe à la suivante.  Après la première journée, j’ai été cherché mon salaire de misère, et j’ai pu aller m’acheter des bières et donner du fric à la logeuse, une espèce de vieille salope qui avait pas dû se faire ramoner depuis que F.D Roosvelt avait connu son premier orgasme. Si tant est que ce type ait jamais connu un orgasme. Bon, j’ai passé ma soirée à regarder une feuille blanche et mon stylo, incapable d’écrire, putain, tellement j’en avais plein la tête du bruit de cette putain d’usine.

 

Le lendemain, je me suis levé en retard, bien sûr. Et je suis arrivé en retard. Un petit moustachu chauve (une gueule de con typique quoi, le type avec bobonne à la maison qui cuisinait pour son con de mari en rêvant de se faire violer par un mec qui a une vraie grosse queue, la maison payée à crédit et tout le bordel) m’a engueulé, en me disant que j’aurais pas tout mon salaire, vu que j’avais pas fait tout mon boulot. Boulot de con oui, mais ça, je lui ai pas dit, j’ai attendu la fin de la semaine.

Parce que bien sûr, tous les autres jours de cette enfoirée de semaine, je suis arrivé en retard, et tous les jours, le petit moustachu chauve qui devait pas arriver à bander pour besogner sa femme m’a fait la même réflexion.

 

Le vendredi, j’ai pris une cagette et je lui ai cassée sur la gueule. Juste après, bien sûr, je me suis tiré, sans le salaire du vendredi mais avec suffisamment pour me payer à boire tout le week-end sans penser à un putain de boulot qui de toutes façons m’empêchait d’écrire.

 

C’est le samedi soir que je suis sorti, que je suis allé dans ce bar pas terrible mais pas glauque non plus, « chez Jojo le roi de la Budweiser » (comment est-ce qu’on peut être le roi d’un truc qu’on fabrique même pas), et que j’ai rencontré Anténia.

 
[à suivre…]
 
Matthieu

Publié dans critiquons

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Sénio 23/09/2005 23:05

Le "petit moustachu chauve" a mal choisi sa femme ou c'est lui qui l'a rendue comme ça ... Mmmm, ils habitent un lotissement dans la grande banlieue (2 voitures, 2 enfants, 1 tondeuse, un chien).
et Alors, notre héro désabusé rencontre Anténia ...

c'est prenant, j'avoue. (mais bon, c'est un gros morceau, faut se décider à lire...) Comme tjrs, on attend la suite . (c'est pas ne faiseuse d'embrouilles la Anténea ?)

saoul-fifre 23/09/2005 00:37

Anténia ! Chez Jojo le roi de la Budweiser ! J'aurais jamais cru ça d'elle ...