Lundi 26 septembre 1 26 /09 /Sep 00:00

Je sais pas vous, mais moi, il y a des rencontres dont je sais comment elles vont se finir (mal) dès le début. Ce sont des rencontres magiques, au cours desquelles on se rend compte qu’on a des tas de points en commun avec la personne d’en face, que sans forcément la baiser faudrait la revoir (parce que ça peut se passer indifféremment avec un homme ou avec une femme), que c’est une personne géniale, bref, un rêve presque. Ces rencontres se passent souvent autour d’un verre pour commencer. Bon, pour moi, vous allez me dire, c’est normal, avec ce que je picolle. Mais y’a des gens qui vivent ces rencontres sans alcool. Putain, ça doit être chiant quand même.


Donc je disais, ce genre de rencontre, tu sais dès le début que malgré les promesses et tout et tout, il n’y aura pas de revoyure. Chacun des deux y croit dur comme fer, mais les choses étant ce qu’elles sont, tu peux être sûr que tu ne reverras jamais l’autre personne. Alors autant ne pas gaspiller de l’énergie à essayer, même si ça te fout une putain de boule dans l’estomac.

Des rencontres uniques, à tous points de vue…

C’était il y a quelques mois. Je venais de trouver un boulot payé à la journée après avoir passé un week-end vraiment merdique. Je me trouvais alors dans le nord de l’Amérique, dans un quartier de Boston (Massachusetts) appelé Dorchester. Le week-end merdique en question, j’avais été ramassé par les flics alors que je rentrais chez moi. Enfin, j’essayais de rentrer chez moi après une énorme biture en compagnie de Ray et de sa garce de Boula, une qui tortillait du cul comme une déesse dès qu’elle se levait… Je l’aurais bien fourrée, mais on ne fourre pas la femme d’un pote s’il est pas d’accord. Et je crois que Ray n’était pas d’accord pour ce genre de trucs. Donc, je rentrais chez moi le cul dans la tête (ou le contraire, j’étais tellement fait que je ne pouvais plus me rendre compte), quand je suis tombé en essayant d’escalader un trottoir d’environ 30 centimètres de haut. Les flics sont aussitôt arrivés à ma hauteur pour me demander ce que je faisais.

« Je rentre chez moi ». Là, un petit flic est sorti de la voiture qui s’était arrêté, il avait une tête de sadique, sûrement un de ces types qui ne rêve que de fourrer son flingue dans une chatte humide pendant que la fille gueule, et il m’a demandé mes papiers. Je l’ai envoyé chier, et c’est là qu’ils m’ont embarqué. Je me suis retrouvé au poste, alors que je voulais juste rentrer chez moi et que j’avais du fric sur moi (putain, pour une fois… En plus, dès le moment où je me suis trouvé dans la voiture, j’étais soûl mais sûr qu’ils allaient me le piquer en me disant le lendemain que non, je n’avais rien, désolé monsieur)…

 

Au poste, comme dans tous les putains de postes de police de ce putain de pays des libertés et tout, on m’a foutu dans la cellule de dégrisement avec deux clodos et une fille. Un peu jeune, pas très propre, mais pas sale non plus. Enfin, pas sale comme les femmes qui sont dans la rue depuis un bail. Soit elle venait de se faire jeter par son mec et elle se trouvait à la rue, soit c’était un accident, elle rentrait chez son père avocat ou chez sa psy de mère lorsqu’elle avait été ramassée. Enfin, tout ça pour dire qu’elle avait pas sa place ici quoi.

 

Je me suis endormi dans cette putain de cellule (oubliant par là-même le premier commandement de l’ivrogne ramassé par les flics : « dans la cellule de dégrisement tu ne t’endormiras pas »), et je me suis réveillé quand un truc chaud a commencé à me couler le long de la jambe. Le clodo le plus âgé, qui avait au moins 45 ans, un âge canonique pour un clodo, me pissait dessus. J’ai dit tranquillement au flic de garde :

« Hep, l’agent, tu peux dire à l’autre d’arrêter, il est en train de m’unire… de m’urie… MERDE, CE TYPE ME PISSE DESSUS ET VOUS BOUGEZ PAS VOTRE CUL ? »

Le flic a même pas levé la tête, il a continué à lire son journal, et je me suis préparé à passer une putain de mauvaise nuit, j’avais même pas la force de me lever pour en coller une au clodo…

 

J’ai dû m’endormir, parce que je me souviens de rien, après avoir gerbé dans un coin de la cellule. Quand je me suis levé, le bordel habituel, nom prénom adresse et tout, et ils m’ont laissé sortir. Je créchais dans une espèce de chambre, j’avais plus un radis (les flics m’avaient effectivement piqué tout mon fric) et je devais trouver une solution, et pour boire et pour payer la piaule. Le lundi, j’ai été cherché du boulot. Dans cette ville, du boulot, t’en avais. Mais du boulot merdique, dans des usines où tu vois des mecs abrutis de bosser depuis 30 ans.

 

Donc, le boulot consistait à clouer des cagettes. En fait, à clouer des planches pour en faire des cagettes. Et 3 planches dessous, deux sur les côtés, des coups d’agrafes à chaque fois, et on passe à la suivante.  Après la première journée, j’ai été cherché mon salaire de misère, et j’ai pu aller m’acheter des bières et donner du fric à la logeuse, une espèce de vieille salope qui avait pas dû se faire ramoner depuis que F.D Roosvelt avait connu son premier orgasme. Si tant est que ce type ait jamais connu un orgasme. Bon, j’ai passé ma soirée à regarder une feuille blanche et mon stylo, incapable d’écrire, putain, tellement j’en avais plein la tête du bruit de cette putain d’usine.

 

Le lendemain, je me suis levé en retard, bien sûr. Et je suis arrivé en retard. Un petit moustachu chauve (une gueule de con typique quoi, le type avec bobonne à la maison qui cuisinait pour son con de mari en rêvant de se faire violer par un mec qui a une vraie grosse queue, la maison payée à crédit et tout le bordel) m’a engueulé, en me disant que j’aurais pas tout mon salaire, vu que j’avais pas fait tout mon boulot. Boulot de con oui, mais ça, je lui ai pas dit, j’ai attendu la fin de la semaine.

Parce que bien sûr, tous les autres jours de cette enfoirée de semaine, je suis arrivé en retard, et tous les jours, le petit moustachu chauve qui devait pas arriver à bander pour besogner sa femme m’a fait la même réflexion.

 

Le vendredi, j’ai pris une cagette et je lui ai cassée sur la gueule. Juste après, bien sûr, je me suis tiré, sans le salaire du vendredi mais avec suffisamment pour me payer à boire tout le week-end sans penser à un putain de boulot qui de toutes façons m’empêchait d’écrire.

 

C’est le samedi soir que je suis sorti, que je suis allé dans ce bar pas terrible mais pas glauque non plus, « chez Jojo le roi de la Budweiser » (comment est-ce qu’on peut être le roi d’un truc qu’on fabrique même pas), et que j’ai rencontré Anténia.

 

Quand je suis arrivé, Anténia n’était pas encore là, elle. Elle n’est arrivée qu’une heure plus tard, environ. J’étais assis à ma table, devant une bière. Elle est entrée, a regardé autour d’elle, puis est venue s’asseoir à ma table, sans un mot. Je lui ai commandé une bière, sans un mot, puis, une fois qu’elle l’a terminée, elle m’a dit simplement :

« Bonjour »

Anténia était superbe. Le teint cuivré, elle était bien évidemment brune, avec des cheveux longs et libres, un maquillage très peu présent, une petite cicatrice au dessus de l’œil qui était belle comme un bijou, et une robe, une putain de petite robe qui lui faisait ressortir le cul…

Une robe multicolore, avec un décolleté plongeant sur pas grand-chose (les nibards d’Anténia était plutôt modèle réduit) laissait tout de suite deviner la profession de la dame en question.


A son bonjour, je lui ai demandé son nom. Anténia, en indien, ça veut dire « fille du vent et du soleil ». C’est marrant cette signification, on dirait une chanson à la con. On a discuté, devant une bière, puis devant des bières, et plus on discutait, plus j’étais amoureux, et plus j’étais amoureux, plus j’étais dans la merde. Il ne faut jamais tomber amoureux d’une pute, surtout si elle est déjà maquée.

Et Anténia était déjà maquée.
 

Elle m’a raconté la rue… Quand elle a eu 16 ans, elle a voulu se tirer de sa réserve, dans laquelle elle aurait finie comme une merde. Elle voulait connaître le dehors, la vie quoi. Elle ne savait pas que dehors, c’est la même merde que dedans, sauf qu’on te fait payer très chère ta liberté. Elle a rencontré un type qui l’a foutue sur le trottoir, c’était pas tout à fait son idée de la liberté, mais c’était comme ça. Au début, elle a tenté de se rebeller, d’où la petite cicatrice au dessus de l’œil droit : le mac l’avait coupée avec une feuille de papier…

 

Elle m’a racontée que les matins où elle n’avait pas fait son taf, elle restait pour terminer, pour arriver à ce que l’autre enfoiré lui avait demandé. Elle n’aimait pas les clients de 7 heures du matin. Parce qu’ils étaient souvent bourrés, et que sucer la bite d’un mec bourré c’est comme pousser une voiture en panne tout le long d’une énorme côte. Tu peux y arriver, mais tu perds ton énergie.

 

Je lui ai demandée ce qu’elle faisait dans ce bar, elle m’a répondu que son mac s’était fait planter la veille, qu’elle n’avait plus personne, alors qu’elle cherchait quelqu’un. Puis elle m’a fait parler de moi. Je lui ai parlé de mes bitures et de mon boulot de merde, des cagettes et des difficultés à payer le loyer, de mes sorties à la recherche de bière, des gens que j’avais un jour où l’autre rencontré. Et d’elle. On est resté à discuter jusqu’à ce que le patron nous foute dehors sur les coups de 3 heures du matin, puis on a été sur la plage.

 

Là, je lui ai ouvert sa robe, j’ai viré sa culotte rouge qui m’excitait comme un chiffon rouge excite un taureau, lui ai foutu un doigt, comme ça, lentement. Elle a ouvert mon pantalon, je bandais, elle a sorti ma queue, a commencé à me pomper, et là…

 

Là, il m’est arrivé un truc incroyable qui m’étais jamais arrivé avant : j’ai débandé. Le machin tout mou, la bite au repos alors que l’autre s’activait et tout, et moi qui avait qu’une envie, qu’elle s’arrête parce que c’est déjà assez pénible comme ça, MAIS ARRETE TOI PUTAIN, je l’ai tirée par les cheveux, lui ai foutu une claque pour qu’elle s’arrête…

 

Bien sûr, elle s’est tirée tout de suite. Même pas en pleurant. Elle avait pas envie d’un mec qui cogne. Mais putain, c’était la première fois que ça m’arrivait, et il a fallu que ça se passe avec la plus belle fille que j’avais jamais rencontré, une fille avec une beauté de sorcière et un cul qu’on ne pouvait qu’avoir envie de fourrer. Elle partie, je suis resté sur la plage. Je regardais la mer, et je me suis mis à chialer. Pendant 10-15 minutes. Puis je suis allé dans ma piaule, j’ai pris une bière, et j’ai décidé de me barrer de cette putain de ville, où on ne trouvait que des boulots merdiques et des filles canons qui ne vous faisaient même pas bander. J’étais pourtant sûr de pas virer pédé, et j’avais vraiment du mal à comprendre pourquoi j’avais pas pu…

 

Je me suis rendu compte que ce pays était pas fait pour les mecs comme moi. J’avais aussi besoin de soleil, et pas de soleil, ça m’empêche de bander correctement. Je me suis tiré. Le dernier truc que j’ai fait, dans ma chambre pourrie chez la vieille salope, c’était une espèce de petit poème pour Anténia, un truc qu’elle n’a jamais lu puisque je ne lui ai jamais envoyé. En l’écrivant, je me suis mis à bander. Comme ça… Va comprendre. Je me suis branlé en pensant au con d’Anténia, je me suis essuyé sur mon poème, et je l’ai laissé en évidence dans la chambre en me tirant, la vieille l’a certainement jeté. Et puis faut dire qu’il se trouvait sous une demi douzaine de bouteilles vides, ça aide pas les connes à comprendre la poésie ça.

 
 
Anténia
 
 

Tu sais, je n'ai jamais été aussi mauvais que ce matin-là
Nous baisions sur une plage un peu comme celle-ci
C'était l'automne, un automne où il faisait beau
Je me trouvais par hasard dans le Nord de l'Amérique
Toi, tu venais de  ta réserve d’indiens
Et on s’était trouvé là, par hasard


Avec ta robe courte tu ressemblais
A n’importe quelle pute qui fait le tapin
Et je me souviens, je me souviens très bien
Que j’arrivais pas à bander ce matin-là
Que j’ai mis un an, j’ai mis un siècle, j’ai mis une éternité

On s’mettra où tu voudras, quand tu voudras
Et on essaiera encore, et même de plus en plus fort
Toute la vie je regretterai ce matin
J’bandais pas, mais je voulais bien

Aujourd'hui, c’est le lendemain de ce matin d'automne
Et j’arrive de nouveau à bander. Je pense à toi.
Où es-tu? Que fais-tu? Est-ce que tu as trouvé un nouveau mac pour toi?

Je regarde cette vague qui n'atteindra jamais la dune
Je n’aurais pas pu jouir, même en te prenant par derrière
De pas avoir pu bander je me sens un peu minable


Et je me souviens, je me souviens de notre nuit à tous les deux
Et je me souviens que j’arrivais pas à bander
Que j’ai mis une éternité, j’ai mis un siècle, j’ai mis y a un an

On s’mettra où tu voudras, quand tu voudras
Et on essaiera encore, même de plus en plus fort
Toute la vie je regretterai ce matin
J’bandais pas, mais je voulais bien

 


Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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