Monsieur Prestavoine

Publié le par Matthieu C.

Avant samedi soir et le reportage « aux marches du palais », je ne connaissais pas monsieur Prestavoine. En fait, personne ne le connaissait. Mais cet excellent reportage, montrant le quotidien du Tribunal de grande instance de Rouen, nous l’a fait découvrir, et nous a montré les limites de la justice.

La soixantaine, monsieur Prestavoine est ce qu’il convient d’appeler un pauvre type. Mal habillé, pas rasé, mal coiffé, on se dit qu’il cuve son vin dans le commissariat du palais de justice.
Et puis, il parle bien. Il utilise des mots que même Lara Fabian ne connaît pas (bon, c’est pas une référence, mais quand même), et s’adresse à chacun avec beaucoup de respect.
Mais que fait monsieur Prestavoine au palais de justice ?

On le découvre en le voyant devant la substitut du procureur, qui lui annonce qu’elle va demander son placement en détention provisoire, étant donné qu’il a tendance à récidiver. Récidiver quoi ? Le vol de livres et de disques. Oui, monsieur Prestavoine a déjà été arrêté 34 fois pour vol de livres ou de disques. Il est à ce point connu que la plupart des libraires refusent de le laisser entrer lorsqu’ils le voient. Monsieur Prestavoine bégaie, il trouve ses mots mais il parle en bégayant. Il est impressionné par la jeune substitut qui a l’air tellement fatiguée de le voir.

Monsieur Prestavoine sera jugé le lendemain. Mais c’est le juge des libertés qui décide du placement en détention provisoire ou non. Le bureau du juge des libertés ressemble à n’importe quel bureau du XIXème siècle, avec la boiserie et les livres reliés en cuir (et pas sortis d’une collection Jean de Bonnot). Le juge des libertés demande à monsieur Prestavoine s’il a quelque chose à dire, et le pauvre homme se lance dans une pauvre plaidoirie minable en bégayant. Il dit que s’il doit être placé en détention, il se suicidera. Il s’empresse d’ajouter en s’excusant que ce ne sont pas des menaces, et qu’il parle un peu longtemps mais qu’il s’excuse de faire perdre son temps au juge des libertés. Ledit juge, plutôt que de déclarer qu’il ne perd pas son temps puisque là est son travail se tait. Il demande aux flics présents d’emmener monsieur Prestavoine pendant que lui réfléchit.

Dans le couloir, monsieur Prestavoine a ces paroles : « c’est horrible, je sais, mais quand je suis là, au moins, je peux parler à quelqu’un. Parce que je n’ai personne, pas de femme, pas d’amis. Je n’ai que mon chat ». Et on comprend que monsieur Prestavoine ne vole pas pour lire, ou pour le plaisir de dérober. Non, puisque lorsqu’il vole, il se promène devant les vigiles et passe tranquillement entre les barrières qui sonnent.
Le plus étonnant est que pas un des acteurs du monde judiciaire n’ait eu l’idée de demander une expertise psychiatrique de monsieur Prestavoine, le vieux monsieur qui se sentait trop seul.
Le juge des libertés rappelle monsieur Prestavoine pour lui annoncer qu’il comparaîtra libre le lendemain, mais que s’il recommence, ce sera la prison. Monsieur Prestavoine se retient visiblement de se jeter sur le juge pour l’embrasser, et il jure, et il promet. 

Sur le plan suivant, un petite phrase en bas de l’écran nous apprend que monsieur Prestavoine a recommencé deux jours plus tard, et qu’il a été condamné à 4 mois de prison fermes. Alain Juppé n’a pas été condamné à de la prison, monsieur Prestavoine purge une peine de 4 mois.

Putain de justice. 

Matthieu

Publié dans la télé

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Odin 24/05/2015 23:10

Tu as raison C'est dingue. Mr Prestavoine pique des livres et des disques. Il n'a pas besoin d'un juge, il a besoin d'aide. Et sa femme décédée deux ans plus tôt... Gentil grand père.