Souvenirs d'un...

Mardi 30 novembre 2004 2 30 /11 /2004 00:00

Bon, alors, puisqu’on commence à se connaître, faut que je vous raconte quand même : j’ai été croque-mort. Enfin, ‘auxiliaire convoyeur de corps’. Oui, ça fait plus classe.

Mais la classe, quand on est croque-mort dans l’entreprise la moins chère de la région, y’a intérêt à vite oublier.

Pour vous faciliter la vie, je vais démonter quelques idées reçues :

 

1- Enterrement pluvieux, enterrement heureux : FAUX. Parce que vous aurez un parapluie, mais que les gouttes d’eau dégoulineront sur les croque-morts comme les conneries dans un livre de Bernard Werber. Et qu’ils seront trempés, ce qui sera d’autant plus désagréable si le plus jeune a mis du gel qui lui dégoulinera le long du visage, et il aura les traits figés comme Sheila après son lifting.

 

2- Tous les cercueils se valent : FAUX. Si vous avez les moyens, ne prenez pas le cercueil le moins cher (celui qu’on dirait fabriqué chez ikéa). En effet, il serait dommage qu’arrivé au cimetière, le croque-mort qui avait du gel sur le visage quand il pleuvait se retrouve avec une poignée dans la main, alors que le cercueil restera à terre, maintenu seulement par les 3 autres croque-morts, dont les poignées n’auront pas décidé de se désolidariser de la boîboîte.

 

3- Tous les croque-morts se valent : ENCORE FAUX. Assurez-vous que le maître de cérémonie (celui qui parle à la famille) soit sobre. Sinon, vous risquez de vous retrouver avec un type effondré en sanglot dans le corbillard, parce que l’alcool lui aura fait prendre conscience du fait qu’il n’a aucune envie de porter le cercueil dans le cimetière.

 

4- La musique est importante pour l’ambiance : VRAI. Il serait dommage de gâcher l’ambiance triste et recueilli en passant, en pleine église, ‘je suis malade’ (ou pire, une chanson de Pascal Obispo). Si vous voulez de la musique, n’hésitez pas à choisir un ave maria, classique mais toujours du plus bel effet. Si vous avez vraiment mauvais goût, vous pourrez opter pour Céline Dion hurlant la chanson de Titanic. Vous pourrez, si jamais il y a beaucoup de monde et que l’église est pleine, choisir ‘puisque tu pars’ de Goldman, chanson qui n’a pourtant de sens que dans le cadre d’une incinération (que les vents te mènent / où d’autres âmes plus belles…)

 

5- Une certaine retenue est nécessaire au cimetière : VRAI. Si jamais vous êtes la petite-fille du défunt et que vous détestez sa nouvelle femme, inutile de le lui hurler au cimetière, ou de jouer à Zidane avec ses fleurs. Ca la fout mal vis-à-vis des autres.

 

6- Le prêtre est compatit à votre peine : FAUX. Le prêtre est là parce que c’est son boulot. Il se contentera de lire sa revue, dans laquelle le prénom du défunt est laissé en blanc, pour permettre au prêtre de marquer au crayon papier le prénom de votre défunt, prénom qui sera effacé dès le prochain. (‘Les mots nous manquent, seigneur, nous sommes dans l’épreuve. Accepte notre silence comme une prière, pour ……………. que tu connais et que tu aimes’).

 

7- Les croque-morts sont des gens sympathiques qui compatissent : FAUX. Ils n’en ont rien à foutre. Le but est de ramasser le plus gros pourboire possible. Vous pourrez vous dispenser d’un pourboire si jamais le maître de cérémonie vous déclare ‘ah ben ouai vous avez de la chance aujourd’hui, parce que hier il pleuvait comme vache qui pisse’.

 

Si vous suivez ces quelques conseils, vos amis devraient se rappeler de l’enterrement de votre proche comme d’un moment inoubliable, une fête dont vous aurez été le parfait artisan.

 

Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Souvenirs d'un...
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Mardi 14 décembre 2004 2 14 /12 /2004 00:00
Bon, puisque ici je vous parlais des aspects de ce boulot, qui fut mien à une époque, je vais terminer aujourd’hui. Je voudrais juste évoquer deux-trois personnes.

 

Tout d’abord, ce vieux monsieur, venu avec une infirmière (et toute la famille, guettant l’héritage comme Laurent Ruquier le mauvais jeu de mot). Le cercueil est posé devant la tombe, et le vieux monsieur n’a ni toute sa tête, ni toute son audition. C’est pourquoi il demande d’une voix plus que forte à l’infirmière : « Mais qui c’est ? ». L’infirmière est gênée, et elle répond à voix basse (mais pas si basse que ça, puisque le vieux monsieur est sourd) « C’est votre femme ». Le vieux monsieur se contente de répondre : « ah ». Le prêtre continue sa litanie (ben un truc lu sur un ton monocorde et rapide, j’appelle ça une litanie). Environ 30 secondes plus tard, le visage du vieux monsieur se décompose, puis il éclate en sanglot. Dans un moment de lucidité, il venait de comprendre.

 

Une pensée également pour la nièce de Madeleine. Madeleine était une vieille dame, morte dans une maison de retraite. Sa nièce venait de Paris, exprès pour les obsèques. Madeleine n’avait pas de fille, pas de mari, et sa nièce était la seule personne venue lui rendre un dernier hommage. Malheureusement, le train de la nièce de Madeleine est arrivée avec 10 minutes de retard, et la nièce est arrivée au moment où le prêtre repartait, après avoir assuré à la nièce de Madeleine qu’il venait de passer 30 minutes à prier pour le salut de l’âme de Madeleine, alors que nous étions là depuis 10 minutes et qu’il était arrivé après nous.

 

Une pensée aussi pour Marguerite. Marguerite, c’était mon premier enterrement, avec une mise en scène splendide. Après l’inhumation de Marguerite, une petite musique (de merde : l’envie d’aimer, avec un type qui couine à la mort ‘ce sera nous dès ce soir’, tu parles) et… un lâcher de ballons. Un peu plus ils faisaient une tombola hein. N’empêche, maintenant, cette chanson me plombe dès que je l’entends.

On pourrait aussi parler de Raymond, enterré un dimanche 24 décembre, parce que la famille voulait être ‘tranquille après’. Le gendre n’a pas arrêté de montrer son ennui en expirant bruyamment, mais Raymond a été vengé, puisque quelqu’un lui a souhaité (à son gendre, pas à Raymond), un bon réveillon. En rajoutant, perfidement : ‘oui, surtout qu’il manquera quelqu’un autour de la table ce soir’.

 

Par contre, pas une pensée pour le monsieur qui s’est fait enterrer un jour de grand vent glacé, avec une prédication du pasteur évangélique qui a duré (je vous jure que c’est vrai) 30 minutes au cimetière.

Et pas une pensée pour la vieille, qui, un jour où je ne pouvais pas être là et où je lui avait demandé si, pour me remplacer, « une personne avec un physique un peu… étranger » conviendrait, m’a répondu « vous plaisantez j’espère ».

 

Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Souvenirs d'un...
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Dimanche 16 janvier 2005 7 16 /01 /2005 00:00

Oui, je ne me trompe pas, j'étais nettoyeur de surface et pas technicien de surface. Ne confondons pas s'il vous plaît. Un technicien de surface est un homme de ménage, un nettoyeur de surface est... moins que rien.

J'avais eu la place à cause de la boîte d'interim pour laquelle je travaillais à l'époque (ADECCO). Ayant été envoyé dans une entreprise d'import-export de meubles asiatiques en rotin (vous savez, ces trucs immondes qui servent de décors pour les films érotiques depuis plus de 25 ans), et n'ayant tenu qu'une demi heure (ces machins devaient peser 50 kilos, et je fais pas le poids, j'étais donc parti) je me suis fait punir par l'agence qui m'a envoyé chez ONYX (ils disent pas qu'ils punissent hein, c'est interdit, mais quand on a discuté, les 4 qui étions envoyés là-bas, on s'est bien rendu compte que y'avait une couille dans le potage).

Onyx est cette entreprise qui collecte les ordures ménagères en vue de les traiter. Enfin, les traiter, les enfouir plutôt. L'endroit était glauque, mais glauque !!! D'énormes montagnes de sables sous lesquels se trouvaient les déchets, deux pelleteuses, des cheminées dans le sol pour permettre l'évacuation des gaz (oui, parce que toutes ces cochonneries fermentent, et, je vous ment pas, vous ne pouvez pas vous approcher à moins de 5 mètres de ces cheminées), et surtout, des nuées d'ENORMES corbeaux (Hitchock aurait dû venir dans cette décharge pour son film, ca aurait été encore plus impressionant).

Deux jours je devais bosser là, deux jours j'ai bossé, mais plus, j'aurais pas pu. Le travail consistait à récupérer les déchets légers que le vents

transportait. Oui, parce qu'il soufflait un vent à décorner les cocus en plus. Et donc, les trucs les plus légers s'envolaient (emballages de couches-culottes, tickets de caisse, revues porno déchiquetées) et il fallait aller les chercher (dans un champ, puis dans des ronces, puis aux abords des maisons allentours qui avaient perdu 25% de leur valeur depuis l'installation de la décharge, et aussi autour d'un élevage de poules en batterie; et les poules en batterie, c'est terrible, parce que c'est un immense entrepôt qui arrivait à stopper les déchets, donc on y a passé un bon moment. C'était déjà chiant, et si à cela vous ajoutez le bruit et l'odeur...).Bref, un truc chiant comme une conférence d'andré Glücksmann.

Je faisais équipe avec un autre intérimaire, et on était chapotés par un type qui bossait là depuis 10 ans. Et ben, je vous jure que c'est vrai, quand il trouvait un papier d'une taille intéressante et sur lequel était inscrit des choses, il s'asseyait et il lisait le papier, pour passer le temps. Et quand c'était particulièrement intéressant, il nous le lisait. Pardon? La misère? Oui, c'est ca, c'est le mot juste.

Evidemment, l'entreprise Onyx n'avait pas de pince à nous fournir. Au début, quand ils nous ont dit ca, j'ai cru qu'il voulait qu'on travaille à mains nues. Après un instant de réflexion, j'ai compris que c'est ce qui allait se passer. On a donc décider de ne pas travailler jusqu'à ce qu'on ait des gants. Et ben, même avec les gants, c'était dégueulasse comme boulot.

Ah, j'ai oublié de vous parler du grillage. Onyx avait planté un grillage pour stopper les déchets. Bon, ca stoppait presque rien, parce que le foutu grillage n'était pas assez haut. Mais un des trucs qu'il fallait faire, c'était nerroyer le grillage des papiers qui se foutaient dessus. Et ben, à peine fini l'aller que le grillage était aussi plein. Donc, on s'asseyait en attendant que ca passe.

Y'a peut-être pas de sots métiers, mais y'a quand même des boulots de cons.

Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Souvenirs d'un...
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Mardi 25 janvier 2005 2 25 /01 /2005 00:00

Après les pompes funèbres, j’ai travaillé dans une station service sur l’A7 (ESSO). Pas longtemps, j’ai démissionné rapidement. Faut dire que le patron était légèrement… complètement malade. Je faisais les week-end, et je m’occupais de servir les cafés (oui, y’avais une machine à café), les autres boissons, de faire les sandwichs, l’approvisionnement en marchandises diverses (liquide de refroidissement, sandwich sous vide…) et de nettoyer par terre.

Comme je vous le disais, je faisais les sandwichs frais (avec mes petites mains), et je faisais réchauffer les trucs chaud dans un four qui marchait comme il pouvait. C’était bien sûr la fin du mois de juin, et, bien sûr, la climatisation était en panne. Bref…

Quand j’avais le temps, j’allais nettoyer les toilettes à grandes eaux. Oui, ça, j’en suis fier, je suis sûr que j’avais les toilettes les plus propres de toutes les stations services qui se trouvent sur des aires de repos dans toute la région. Bon, heureusement que je lavais à l’eau de javel, parce que comme le patron voulait pas trop que je perde de temps à me laver les mains, quand il fallait passer des toilettes aux sandwichs, au moins, j’avais les mains javellisées.

A ce sujet, je voudrais vous parler du car de portugaises. La fille qui était avec moi, Christelle, m’avait dit que les portugaises étaient particulièrement sales lorsqu’elles allaient aux toilettes. Je pensais que c’était un cliché raciste, et ben pas du tout. Des toilettes après 50 portugaises glapissantes, c’est… à voir. J’avais jamais vu ça. En plus, je sais pas quelle race de portugaises c’était, mais elles perdaient leurs poils ! Je suis sûr qu’on aurait pu faire une perruque à la Polnareff avec tous les poils que j’ai trouvé ce jour là. Donc, j’y suis allé avec double dose de javel, avant de vite revenir préparer 4 sandwichs au saucisson pour une famille qui passait par là.

Comme pas mal de gens demandaient des verres d’eau sans rien consommer d’autre, le patron a eu l’idée de les faire payer. 50 centimes. Qu’il fallait que j’exige absolument. Un jour, des gens ont râlé, je les ai renvoyé vers le patron, qui est venu me voir accompagné de ces personnes, en me disant que je n’avais rien compris, et que c’était pas du tout ce qu’il m’avait dit.

Un jour, il a eu l’idée de me doter d’une caisse toute électronique et toute géniale, parce que la petite boîte en fer n’était pas pratique. Sauf qu’il avait oublié de me donner le mode d’emploi, et qu’un pauvre type s’est retrouvé avec un pack de bière à 1813 francs.

Le patron avait un fils, qui avait une copine, qui travaillait dans la station service. Une pauvre conne qui se prenait pour ce qu’elle n’était pas. Un jour, elle est arrivée complètement bourrée, et elle s’est mise à jeter les clients (c’était le lendemain du jour au cours duquel elle m’avait annoncé : « j’ai du retard », et elle ne parlait pas de l’heure). Ce jour là, je suis parti pile à l’heure parce que je voulais pas que cette histoire me retombe dessus. C’est là que le patron m’a appelé chez moi, pour me demander pourquoi j’étais parti. Comme la semaine d’avant, il m’avait reproché d’être resté une heure de plus (sur mon temps, j’étais pas payé pour cette heure, c’était juste pour aider Christelle), je lui ai dit que je démissionnais.

Comme le lendemain je savais que je devais attaquer ailleurs, je suis parti sans regret.

Matthieu

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Samedi 12 février 2005 6 12 /02 /2005 00:00

Après la station service (et les toilettes propres, les portugaises et les sandwichs), j'ai travaillé chez Darty. J'étais aide-livreur. Le livreur conduit le camion, téléphone aux clients et installe les appareils commandés, l'aide-livreur porte la caisse à outil, lit la carte et fume dans le camion. Bien sûr, les deux déchargent les appareils. Ah oui! L'aide-livreur fait aussi le ménage dans le camion et sur le quai.

Quand je suis rentré, j'étais donc aide-livreur. Et je crois que c'est avec un livreur appelé Jérôme que j'ai su ce qu'était vraiment la poisse. Avec Jérôme, on était toujours en retard dans les livraisons, pour deux raisons: parce que Jérôme était trop gentil (ce garçon était la gentillesse incarnée), et faisait des trucs qu'on n'avait pas à faire, et surtout parce que ce garçon avait la poisse qui lui collait à la peau. Un jour, on a commencé à 7h30 (comme d'hab), on ne s'est pas arrêté pour manger, et on a fini à 20h30. Bien évidemment, aide-livreur chez Darty c'est payé 35 heures par semaine, point. Pas question d'heures supp. Si t'es trop lent, c'est pour ta gueule. Bref.

Une fois, je me souviens qu'on a livré une télé chez une folle. Elle s'est mise à gueuler parce qu'il manquait un câble pour l'installation, et à nous insulter. Elle a crié sur Jérôme, qui ne disait rien. C'est pour ça que je me suis légèrement emporté, et que je lui ai demandé de baisser le ton. Elle m'a alors regardé, et a sifflé: "Mais vous, vous… Vous j'ai envie de vous gifler". Cette femme m'a ensuite accusé d'être un démon, puis a feulé « vous, je vous maudit ».

Je me souviens aussi d'une petite vieille toute folle, qui criait dès qu'on lui livrait quelque chose. Et elle se faisait livrer souvent. Dès que vous posiez le pied chez elle, elle vous hurlait dessus de faire attention. Evidemment, une fois, j'ai bugné la machine à laver contre le mur. La vieille folle a aussitôt levé la main pour me gifler (je dois avoir une tête à claques), mais elle s'est arrêté, elle s'est contenté de me traiter de con et d'autres noms charmant.

Y'avait aussi un livreur anglais qui s'appelait Philippe. La cinquantaine, il ne pensait qu'au fric et au cul. Un jour, il me raconte qu'avec sa femme, ils regardaient la télé, un film dans lequel une femme fouettait un homme. Il a eu cette conclusion:
"Et après, je beaucoup baisé mon femme".

Je me souviens aussi de ces gens odieux qui nous prenaient pour leurs domestiques. Je me souviens aussi de ce type, qui vivait avec un autre homme, qui, après m'avoir rassuré quant à ma force et à mon intelligence, m'a demandé si je ne souhaitais pas prendre une douche. Aussi tous ces connards qui commandent des frigos américains (qui pèsent tous plus de 100 kilos), sans mesurer avant, ce qui fait que le frigo ne rentre pas dans la maison. Je me souviens avoir monté 8 étages à pied, à Montélimar au mois de juillet, parce que le frigo américain ne passait pas dans l'ascenseur, et que le livreur avec qui j'étais ne voulais pas démonter les portes pour pas perdre de temps. Arrivé en haut, le frigo ne rentrait pas dans la cuisine, il a fallu… démonter les portes.

Y'avais enfin ce type dans une maison de retraite à qui on a livré un petit frigo. Il avait alerté tous les pensionnaires, pour montrer qu'on lui livrait quelque chose, à lui. Et il nous ensuite raccompagné jusqu'au camion, fier de montrer que les livreurs étaient venus pour lui.

Après, je suis devenu livreur.

Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Souvenirs d'un...
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