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Mardi 16 août 2005 2 16 /08 /2005 00:00

[aujourd'hui, j'ai simplement repris les trois dernières notes que j'ai mises bout à bout; c'est plus facile à lire maintenant]

Judith Stinkefisch se réveilla comme tous les matins au son d’une quelconque musique militaire. Non qu’elle apprécie d’entendre de la trompette et du clairon dès le réveil, mais, parmi tous les moyens mis en œuvre pour parvenir à l’extirper du lit, la musique militaire était le seul qui fonctionnait.

Ce matin là, elle était envahie par un sentiment diffus. Elle ne parvenait pas à le décrire, ni à en trouver l’origine. Elle ne se sentait pas à l’aise.

Décidant d’ignorer cette sensation désagréable, elle procéda au même rituel que tous les matins : lancer le café, prendre un douche, boire le café, se brosser les dents, se coiffer, se maquiller. Mais pas trop. Comme disait sa mère « tu vas travailler, pas animer un pourrim-schpil ». Sa mère avait ceci de pratique que, pour elle, toutes les occasions se prêtaient à trouver des comparaisons en rapport avec la religion.

 

En jetant un coup d’œil furtif au dehors, elle s’aperçut que le temps était gris. Pas fait pour lui remonter le moral… Et la boule qu’elle sentait dans son ventre semblait maintenant monter vers sa gorge… Elle n’arriverait pas à aller travailler. Pas aujourd’hui en tous cas. Elle pensa à la boîte de Xanax qui se trouvait dans la petite armoire à pharmacie au dessus du lavabo… Elle hésita, puis décida de passer sa journée sans. Son psychiatre, le docteur Simon Kratzeneier, la féliciterait certainement de cet acte héroïque. Il faut dire que le vieil homme n’était pas avare de compliments envers ses patientes. En tous cas, envers Judith…

 

Elle frissonna lorsqu’elle repensa à ce mercredi après-midi où elle se trouvait dans le petit café à côté de l’immeuble où se trouvait son bureau… « Chez Jojo le roi du falafel » ou un truc comme ça… Elle était tranquillement assise en train de boire un café, lorsque les sirènes s’étaient mises à hurler (c’était lors de l’attentat Chez Micky) ; il s’était alors passé une chose qu’elle trouvait atroce : Le serveur avait augmenté la musique qui sortait des enceintes dans le bar pour couvrir le bruit des sirènes… Elle avait trouvé ça normal sur le coup, mais en ce jeudi matin, elle n’arrivait pas à chasser cette image de sa tête : est-ce que, s’il lui arrivait quelque chose dans un attentat, les gens feraient tout pour ne pas entendre le bruit des sirènes ? Elle trembla, et refoula une envie de pleurer. Elle prit un deuxième café, et se concentra sur les carreaux de sa cuisine pour ne pas penser à autre chose…

 

Une fois prête, elle prit son sac, vérifia que s’y trouvait toujours son mini déo en spray (il n’y avait aucune raison qu’il sortit de son sac, ce mini-déo étant essentiellement destiné à se défendre contre les agresseurs que sa mère imaginait roder autour d’elle) et sortit. Elle ferma la porte, acte qu’elle regretta aussitôt… Cette angoisse qui semblait aller et venir, ses pensées obnubilées par un quelconque danger qu’elle n’arrivait pas à identifier, ses jambes peu assurées… Elle partit quand même. En descendant, elle entendit sa voisine, la vieille madame Schwanzenbaum hurler que les allemands allaient revenir… Comme disait sa mère : « Cette pauvre femme est aussi allumé qu’une ménorah à Hanouccah ».

 

Et c’est alors qu’elle fermait la porte d’entrée derrière elle, et après avoir remarqué un homme très basané (qui ne devait pas plus être juif que Rabbi Na'hman n’était catholique) que Judith vit, devant ses yeux, l’imprévisible, l’inattendu se produire…


 

Le bus de la ligne 5, qui traversait Tel Aviv d’est en ouest (ce qui était d’ailleurs très pratique pour Judith, qui habitait à l’est de Tel Aviv et qui travaillait à l’ouest, une situation pas si inhabituelle que ça de nos jours) était à l’heure !

Depuis 5 ans qu’elle habitait dans cet immeuble, et 3 ans et demi qu’elle traversait la ville chaque matin que D. fait, c’était la première fois que cela se produisait… Le bus numéro 5 à l’heure… Judith y vit un mauvais présage, et hésita à s’approcher de l’arrêt. Finalement, elle s’y dirigea lorsqu’elle se rendit compte que le basané n’allait pas attendre le bus…

 

Elle monta dans le bus, présenta sa carte au chauffeur, puis alla s’asseoir au premier rang… Elle avait étudié la question d’un point de vue féminin : si un kamikaze voulait faire sauter son bus (et pourtant D. sait qu’il y en avait des bus à faire sauter à Tel Aviv, mais admettons que le terroriste choisisse le sien), il se mettrait au milieu afin de tuer un maximum de gens. Donc, l’arrière et l’avant seraient préservés (enfin, plus ou moins ; elle avait vu les images d’un bus totalement déchiqueté par une explosion criminelle, et il semblait que les passagers de devant n’avaient guère étés plus épargnés que ceux du milieu). Mais comme il y avait toujours beaucoup d’agitation à l’arrière, elle choisissait naturellement l’avant, lorsque le nombre de personnes lui permettait encore de choisir.

 

C’est assise à sa place qu’elle senti combien sa vie était précaire dans ce bus. Enfin, plus précisément, c’est assise à sa place que ses jambes et son cœur comprirent combien sa vie était précaire dans ce bus. Son cœur s’affola, et ses jambes semblaient se dérober. Oui, semblaient seulement, car elle était assise. Elle eu du mal à respirer, et ouvrit grand la bouche pour aspirer de l’air pas encore surchauffé en ce début de journée…

Elle se mit à penser au drame du terrorisme, qui la bouleversait. Dire que des gens assassinaient d’autres gens sur la terre qui l’avait vu naître, qui avait vu naître ses parents, qui avait vu naître ses grands-parents… C’est à ce moment-là qu’elle se rendit compte qu’elle délirait complètement. Ses grands-parents n’avaient jamais mis les pieds en Israël, ils étaient nés à Wixhausen, une bourgade proche de Darmstadt en Allemagne. Disparus en 1941, ils n’avaient même pas vécu la naissance de l’Etat d’Israël.

 

Peu avant la fin de son périple qui durait en moyenne une demi-heure, selon l’état de la circulation, un homme louche monta. Enfin, c’est elle qui le trouva louche. Evidemment, le chauffeur ne remarqua pas la protubérance suspecte au niveau de son ventre, comme une ceinture d’explosifs… Judith chercha à nouveau de l’air, tout en s’essuyant le front et en s’efforçant de décoller son regard du terroriste… Elle pensa à sa mère, qui se plaignait que les chauffeurs de bus restaient « comme une mezouza accrochée sur leurs fauteuils », quelle que soit la personne qui monte…

 

Plus que deux arrêts, et Judith serait arrivée… Elle devait encore tenir deux arrêts, et faire taire la boule qui la tenaillait et qui hurlait silencieusement. Par quel miracle une boule peut-elle hurler silencieusement ? Même Judith, en ces instants, ne serait parvenu à le dire.

Elle pensa à son chef et se concentra sur cette image. Son chef, David Hurenberg, était, disait sa mère, « grossier comme de la farine à matzoth ». Une nouvelle journée en son odieuse compagnie l’attendait… Si elle avait la chance de ne pas mourir dans ce bus, avec l’autre qui avait été s’asseoir au milieu… Alors, elle se récita mentalement le Yehè shlomo rabbo, comme on se récite un mantra…


 

Brusquement, le terroriste se leva et sortit quelque chose de sa poche… Sans doute le déclencheur de la bombe. Judith ferma les yeux, pensa au sens de la vie et entendit celui qui n’était plus désormais qu’un ex terroriste, prononcer un « Allo » tonitruant dans un hébreux tout ce qu’il y avait de plus juif (à moins que ce ne soit le contraire, Judith ne savait plus très bien). Cet homme était donc normal, enfin, juif quoi. Judith prit du temps pour le dévisager. Il n’était pas si mal que ça finalement. Et puis, il n’avait quand même pas de chance : un juif avec une tête de terroriste, ce n’était pas une situation facile à vivre en Israël…

 

Le voilà maintenant qui racontait sa vie dans son portable… Apparemment, il venait de se séparer de sa copine, une fille « chaude comme un knish » (une sorte de crêpe fourrée), qui l’avait quittée pour un schmock, un con quoi. Le pauvre… En même temps, elle n’allait pas faire shiva pour ce type qu’elle ne connaissait pas et qui criait dans son téléphone pour faire partager sa peine par tous les passagers !

 

Judith cessa d’écouter pour s’apercevoir qu’il n’y avait plus qu’un arrêt avant qu’elle ne descende, et que le bus était maintenant bondé. Elle regarda furtivement autour d’elle comme une bête traquée.

Judith tremblait maintenant… Elle ne savait pas pourquoi. En fait, elle savait pourquoi, mais elle n’arrivait pas à exorciser cette sensation atroce…

 

La première chose qu’elle ferait en descendant de ce bus, si tant est toutefois qu’elle en descende vivante et sur ses deux jambes (sortir vivante du bus allongée sur un brancard ne l’arrangeait pas particulièrement), ce serait de se précipiter « Chez Jojo le roi du falafel » pour avaler un café en bénissant le ciel de l’avoir épargnée.

Elle en avait la certitude maintenant : elle ne parviendrait pas au bout de son trajet. Le bus bondé, les gens qui parlaient dans leur téléphone (oui, il n’aurait plus manqué qu’en plus ils parlent dans le téléphone du voisin), la chaleur de plus en plus importante, tout cela l’angoissait. Chez elle, devant de telles sensations, elle aurait immédiatement plongé dans un bain chaud agrémenté de senteurs de roses. Mais là, dans ce bus, tout ce qu’elle pouvait faire, c’était chercher à fuir cette réalité par la pensée…

 

Et encore, est-ce que cela lui serait utile, une fois morte, d’avoir fui la réalité des derniers instants de sa vie pour ne pas être terrorisée par des terroristes ? Non, au contraire, elle devait s’efforcer de capter les réalités qui se trouvaient autour d’elle, se concentrer sur le réel pour ne pas céder à une irréelle panique. Elle grava donc dans sa mémoire, pour oublier la frayeur qui la rendait folle, les kippas (brodées, pas brodées, noires, en velours), les robes, les rides… Elle se concentrait sur les détails, et failli ne pas voir que le bus ralentissait pour s’arrêter là où elle-même devait descendre, à 50 mètres de son bureau et de « Chez Jojo le roi du falafel ».

 

C’est en se retournant sur le trottoir pour voir le bus partir, alors qu’elle se sentait mieux et qu’elle n’était plus envahie par La Peur qui l’avait habitée tout le long de son trajet et depuis le début de la journée qu’elle vit la dernière publicité du ministère du tourisme affichée sur l’arrière du bus :

 

« Welcome to Israël ».

 

Matthieu

 
Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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Lundi 29 août 2005 1 29 /08 /2005 00:00
[aujourd'hui, j'ai simplement repris les trois dernières notes que j'ai mises bout à bout; c'est plus facile à lire maintenant]

J’ai rencontré Lily, j’étais en pleine phase arrêt de la vodka. J’ai pas dit l’alcool, faut pas déconner, je carburais toujours au rouge et à la bière, mais j’avais décidé d’arrêter la Seagram. Comme ça quoi, parce que les gueules de bois à la vodka c’est atroce t’as pas idée. Une douleur à s’arracher les couilles.

 

Je créchais dans un motel merdique près de Saint Louis, avec un type qui parlait pas un mot d’anglais à l’accueil. En fait, il parlait pas un mot d’étranger non plus, ce type était muet comme la chatte d’une vieille fille. Mais d’un autre côté, il était pas chiant non plus, il gueulait pas quand ça m’arrivait de gerber dans l’escalier ni rien. Il se contentait de hocher la tête quand je lui filais le loyer. Bizarrement, depuis que je me trouvais dans cet hôtel, pas un seul problème de fric. Je me démerdais toujours pour trouver le blé nécessaire aux trois fonctions vitales de l’homme : avoir un toit, avoir à boire, et baiser. Pour le toit, l’hôtel était pas terrible mais il était potable. Pour la boisson, pareil. Et pour la baise, je baisais un peu qui je pouvais. Mais quand t’as à boire chez toi, t’arrives toujours à ramener une ou deux filles en manque. Souvent, elles sont pas terribles, mais elles ont un trou là où il faut et elles mettent du cœur à l’ouvrage quand elles sucent. Et moi, ça me suffisait.

 

Un matin, ça faisait pas une semaine que j’étais là,  j’étais encore au pieu avec une Anny, une pauvre fille qui carburait au gros rouge, et qui m’avais dit alors qu’on était dans le lit :

- Tu sais, j’ai deux gosses dans le Mississipi, et ils sont pas si nuls que ça, ils font des études.

- Je m’en fout de tes chiards. tu veux que je t’encule ?

- Quoi ? qu’elle me répond

- TOURNE TOI !

Elle avait obtempéré, et la suite s’était très bien passée. Elle avait joui, j’avais joui (c’était pas le meilleur coup de ma vie mais elle se débrouillait pas si mal que ça Anny), bref, dieu pouvait bien exister après tout.

Donc, on dormait encore (moi je cuvais plutôt, l’autre je sais pas) quand une énorme Négresse est rentrée dans la chambre sans frapper.

J’ai gueulé :

- CA VA PAS ? J’AI PAYE MON LOYER MOI, VOUS POUVEZ PAS ENTRER COMME CA BORDEL !

Ca a pas déconcentré la mamma (plus je la regardais, plus je la trouvais grosse, c’était pas possible) qui m’a regardé et a dit :

- Aujourd’hui c’est jour de ménage alors tu bouges ton petit cul de blanc ! En plus mon mignon, t’as gerbé dans tous les endroits que le bon dieu peut bénir dans cet hôtel, alors tu vas pas me faire ton numéro de vierge effarouchée ok ? Alors t’es gentil, tu te tires avec la pétasse qui a plus de poils sur la chatte que y’a de saints au paradis et tu reviens quand j’ai terminé d’accord ?

Le coup de la pétasse qui a plus de poils sur la chatte que y’a de saints au paradis, ça a fait gueuler Anny, qui s’est mise à insulter la mamma nègre, à lui dire qu’elle voulait pas entendre un mot d’une grosse pas nette qui avait dû sucer Cléopâtre à voir son âge… La négresse a pris son balais, elle a cogné Anny qui a fini par dégager en gueulant avec sa robe sous le bras pour aller s’habiller je sais pas où.

 

C’est con, c’était un bon coup Anny, pas le meilleur de ma vie, mais une sacrée suceuse quand même…

 

Anny partie, je suis resté seul avec la grosse Négresse. Je lui ai demandé d’arrêter de me casser les couilles avec son ménage, de me laisser pioncer, en plus, j’avais envie de vomir, merde !

Je suis allé vomir aux chiottes (l’ivresse passée, je sais me tenir devant les dames, fussent-elles des femmes de couleur obèses). C’est en revenant que je me suis aperçu que j’étais en caleçon devant elle, et que faute de bouton, mon caleçon baillait sur mon engin.

Je me suis rassis, j’ai demandé à la mamma de s’asseoir, elle l’a fait, puis je lui ai demandé de me raconter pour quelles putains de mauvaises raisons elle se trouvait ici à faire les chambres avec un type qui disait pas un foutu mot de la sainte journée à l’entrée.

 

Elle m’a raconté qu’elle était africaine, somalienne ou une connerie comme ça. Elle avait débarqué directement ici, à Saint Louis. J’ai pas trop voulu demander des détails parce que elle s’était assise et que j’avais une vue plongeante sur ces loches. Elle avait des loches parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir depuis ma naissance.

Quand j’ai repris le court de l’histoire (après la pause nibards), elle m’a raconté qu’une bonne femme blanche lui avait dit qu’elle était pas mal et qu’elle pourrait travailler pour elle si elle voulait. Le gîte et le couvert contre le tapin. Lily – parce que ma grosse noire s’appelait Lily – a pas trouvé l’échange mauvais et elle a dit oui en attendant mieux. Elle savait pas trop ce que ce serait mieux, mais en attendant elle avait un toit et de la bouffe mieux que si elle avait été obligée de bosser comme une conne.

 

En plus, elle s’est rapidement faite une jolie réputation Lily, parce que elle avait une particularité : elle avait le con très étroit. Elle arrivait à faire jouir les mecs plus vite et plus fort que n’importe quelle autre pute. Elle a amassé un joli magot comme ça. A 15 dollars la passe, tu m’étonnes. Mais c’est pas une vie de baiser pour du fric et de sucer des bites au kilomètre pour 5 dollars. Alors elle a décidé que le prochain mec sympa qui venait, elle se maquait avec.

 

Et c’est le type de l’accueil de l’hôtel, qui dit pas un mot, qui est venu se faire pomper pour 5 dollars. Et Lily, elle le trouvait sympa ce type, pas chiant et bien propre sur lui avec un slip pas taché de merde. Alors elle l’a choisi. Lui était d’accord bien sûr, et c’est comme ça qu’elle est devenue femme de chambre dans ce motel pourri de Saint Louis.

 

Mais Lily elle était plutôt portée sur le cul, et son bonhomme un peu moins. Elle m’a dit qu’elle était restée fidèle depuis qu’elle avait arrêté le tapin, mais que là, la chatte lui démangeait. J’ai pas voulu la contrarier, en plus je voulais tester sa chatte, savoir si elle était aussi étroite que ça après les années de tapin, et on a baisé. Je lui ai sucé les tétons, des gros tétons ronds d’un diamètre d’un demi-dollar, puis je l’ai enfilée… Putain, quelle chatte ! C’est vrai qu’elle était très étroite, étroite comme j’avais jamais connu…

 

Quand on a eu fini, Lily a repris son balais et sa serpillière, et moi je suis allé « chez Jojo le roi du hamburger », un bar qui se trouvait à côté du motel pour m’enfiler quelques bières. Au retour, je me suis arrêté à l’épicerie pour acheter une caisse de bouteilles de vin, et je suis rentré dans ma chambre pour boire.

 

Les jours qui ont suivi, Lily venait faire le ménage tous les jours dans la piaule. En fait, le ménage était pas trop compliqué, vu que je faisais gaffe de gerber dans les chiottes, et on avait du temps pour baiser…

 

Lily, c’était tellement un bon coup, que je voulais l’emmener. Où, je sais pas. On aurait toujours trouvé une piaule et des bouteilles, c’était pas ça le problème. Non, le truc c’est que depuis qu’elle était sortie du tapin, Lily c’était une femme bien, pas une pour un vieil ivrogne comme moi. Et ça m’aurait fait crevé qu’elle retourne sucer des bites pour 5 dollars à cause de moi et de mes foutues bouteilles. Elle a eu raison, elle a préféré rester avec son nègre, à s’faire baiser une fois la semaine par un type plutôt clean. Et quand je suis parti du motel de Lily, je lui ai laissé un petit poème. Je sais pas ce qu’elle en a fait.

 

J’espère qu’elle l’a jetée, et qu’elle se souvient plus d’un vieil alcoolo qui l’a baisée dans une chambre de motel, du côté de Saint Louis. Parce qu’il n’y a rien à regretter maintenant que je suis dans un hôtel de Détroit avec des putains de cafards qui me courent dessus la nuit, un caisse de bouteilles presque vide près du lit, et une pauvre vieille pute qui a plus ses dents mais qui pompe encore bien à côté de moi…

 

Lily

 

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles de Saint Louis


Elle croyait que c’était la vie Lily
Vider les poubelles du motel Lily
Mais un jour une vieille femme blanche
Lui dit « t’as un sacré coup de hanches 
De quoi faire vibrer bien des manches »


Alors elle a tapiné Lily
Des milliers d’hommes dans son lit Lily
Puis un beau jour elle s’est maquée
Avec un nègre un peu cinglé
Gardien d’un motel de Saint Louis


Elle a cessé de tapiner Lily
Elle avait plus b’ soin pour manger Lily
Avec son boulot d’ femme de chambre
Et puis son mec avec son membre
Qui ram’ nait sa paie les samedi


Malgré tout c’temps à s’faire baiser Lily
Elle avait le con très serré Lily
C’était le con le plus étroit
De tout l’Etat de l’Illinois
Et de tout’ la ville de Saint Louis


Elle trouvait que c’était dommage Lily
Ce con qui n’ recevait qu’un seul hommage Lily
Celui de son homme un peu fou
Avec juste sa paie à deux sous
De gardien d’hôtel à Saint Louis


Elle a essayé un client Lily
Bien sûr un client du motel Lily
Bien sûr elle avait engraissé
C’était maint’nant une grosse bronzée
Mais toujours le con très serré

 
Bien sûr ce client c’était moi, Lily
Elle m’a fait jouir par trois fois, Lily
Avec ses cent vingt-trois kilos
Mais moi j’étais pas un nabot
Et ell’ avait l’ con si étroit


J’aurais bien voulu l’emmener Lily
Mais elle elle voulait pas quitter, Lily
Son nègre muet comme un requin
Qui l’avait sorti du tapin

Pour un p’tit motel de Saint Louis

Puis moi j’avais pas un radis Lily
Puis moi j’avais le foie détruit Lily
J’aurais pas eu de quoi lui offrir
Un tout petit truc pour couvrir
Son tout petit con si étroit


On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles de Saint Louis

 

Matthieu

Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 8 septembre 2005 4 08 /09 /2005 00:00

« Tout doucement, envie de changer l'atmosphère, l'attitude ; tout doucement, besoin d'amour pour remplacer l'habitude ; tout simplement, arrêter les minutes supplémentaires, qui font de ma vie un enfer » chantait Bibie dans la pièce où se trouvait Mauricia Pertuisane. Mais il se passait quelque chose de bizarre : aussitôt arrivée  au mot « enfer », Bibie reprenait depuis le début, et enchaînait jusqu’à « enfer », puis reprenait au début et enchaînait jusqu’à « enfer », puis reprenait… Une incroyable rengaine qui plongeait Mauricia dans un état… dans un état composite en fait. Elle se sentait tellement mal, avec cette incroyable douleur à la tête, cette sensation cotonneuse,  ses muscles qui semblaient résonner dans tout son corps, et ses paupières qu’elle ne parvenait pas à ouvrir… Il fallait qu’elle se frotte les yeux, ça irait mieux après. Se frotter les yeux, se lever, prendre un Efferalgan dans l’armoire de la salle de bain, et surtout, faire le point pour sortir du brouillard de coton dans lequel elle se trouvait, et vaincre cette atroce fatigue qui l’habitait.

 

Elle leva la main vers son visage, mais sa main ne bougea pas. Mais qu’avait-elle fait la veille pour se trouver dans cet état ? Elle retenta l’opération, et ce fut le choc : elle était attachée… Elle prit conscience que la musique n’existait nulle part ailleurs que dans sa tête au moment où elle compris que les coups frappés à la grosse caisse dans la chanson n’étaient en fait que raisonnements des battements de son propre cœur. Et Bibie se tue. Mais pourquoi était-elle (elle Mauricia, Bibie n’étant, à sa connaissance, attachée nulle part) attachée au niveau des mains dans un endroit qu’elle ne reconnaissait maintenant pas ? Pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Et d’abord, où ici ? Elle tenta de hurler, de battre des jambes, mais le son qui sortit de sa bouche était ridiculement faible, et ses pieds étaient entravés de la même façon que ses mains… Et ses yeux qu’elle n’arrivait pas à ouvrir pour voir. Voir…

Sa bouche était sèche comme elle ne l’avait jamais été, et ses membres étaient lourds et douloureux… Elle avait bu la veille ? Elle était sortie ? A sa connaissance, non. Elle ne se souvenait pas d’avoir, dans un état second suite à une consommation excessive d’alcool, rencontré un type qui  l’avait emmené chez lui pour l’attacher au lit par les pieds et par les mains… Donc, ce n’était pas un type rencontré en boîte… Mais comment se souvenir avec cette fatigue qu’elle ressentait, et cette tête si douloureuse…

 

Elle secoua ses liens dans tous les sens, pour essayer de faire venir quelqu’un. Parce que quel que soit l’endroit où elle se trouvait, il y avait forcément AU MOINS une personne dans les parages. Au moins la personne qui l’avait attaché. Reliés très près de l’objet sur lesquels ils étaient fixés (apparemment, d’après ce qu’elle en conclu après avoir touché du bout des doigts l’objet, il s’agissait d’un lit), ses liens ne faisaient aucun bruit. Elle tenta de nouveau de crier, et fut rassurée lorsqu’elle entendit l’écho de sa propre voix. Rassurée, mais… Si jamais il y avait de l’écho, c’est qu’elle se trouvait dans une pièce vide. Elle se trouvait attachée à un lit dans une pièce vide, avec la gorge sèche, les membres douloureux et surtout, une incommensurable fatigue, qui ne pouvait venir que d’une substance étrangère introduite dans son corps…

 
Elle se rendormit.
 
[à suivre…]
 
Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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Vendredi 9 septembre 2005 5 09 /09 /2005 00:00

Elle se réveilla quelques minutes plus tard, ou peut-être quelques heures, à moins que ce ne soient quelques jours. Elle n’avait aucune notion du temps. Et avec cette fatigue qui la poussait à se rendormir tout de suite, cette drogue qui semblait ne jamais devoir cesser de faire effet, et ses bras toujours aussi douloureux…

Mais putain, qu’est-ce qu’elle foutait là ?

Il fallait faire le point. Et surtout, ne pas se rendormir avant d’avoir tiré les choses au clair.

Ce dont elle se souvenait d’abord : elle s’appelait Mauricia Augustine Henriette Pertuisane. Elle était née le 29 février 1972 à… Où était-elle née d’abord ? Mon dieu, cette fatigue… Elle voulait tellement dormir… Non, elle devait faire un effort encore.

Elle était née… Ah oui ! elle était née à Perpignan, et avait grandi à Lyon. Bon, ces détails n’étaient pas d’une importance capitale, mais elle espérait que ce n’était que le début, et que les circonstances de sa captivité allaient enfin être mise à jour.

 

Son visage la faisait souffrir, comme si elle avait été égratignée de partout… Peut-être son agresseur l’avait-il lézardée avec un couteau, ou un cutter… Elle sentait qu’elle avait les traits tirés, puis elle se sentait sale…

Oh merde, elle n’allait quand même pas avoir ses règles maintenant !!! Pas sur ce putain de lit ! Pas attachée dans un endroit dont elle ignorait tout ! Elle cria, ou essaya de crier, mais en vain. Personne n’entra… Mais ils étaient où ces putains de types qui l’avaient enlevée ?

Il fallait qu’elle se calme, qu’elle se concentre pour ne pas succomber à la fatigue.

Donc, elle habitait maintenant à Paris, où elle était… Tiens, qu’est-ce qu’elle pouvait bien exercer comme profession ? Elle ferma les paupières et vit de grands bureaux, avec des personnes très bien habillées, et puis son chef, Roger Katzenklo… Elle était sa secrétaire ! Elle était secrétaire de direction dans une entreprise d’importation de textiles chinois ! Très bien, pensa-t-elle, les souvenirs reviennent.

 

Avait-elle été agressée et enlevée dans le RER ? Dans le métro ? Non, c’était absurde, elle prenait toujours sa voiture. En sortant de chez « Jojo le roi du jambon beurre » ? Non, c’était fermé depuis 1 semaine, Jojo était en vacances. Dans le parking alors ? Elle ne se sentait jamais rassurée dans ce grand parking en béton, quand il ne restait pas beaucoup de voitures les soirs où il fallait absolument faire des heures supplémentaires…

 

Elle se souvenait vaguement d’un voyage à l’étranger… Etait-elle à l’étranger ? Non, elle en était revenue. La drogue qu’on lui avait injectée, car ce n’était pas possible qu’elle soit dans son état normal, elle ne perdait pas la tête habituellement, continuait à faire son effet… Mais qu’est-ce qu’ils avaient bien pu lui donner ?

 

Elle se rappela aussi qu’elle avait un mari, très sympa, enfin, gentil, enfin, un mari quoi, un enfant né trois mois plus tôt, la prunelle de ses yeux, elle aurait donné sa vie pour lui… Agamemnon… Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé ! Pourvu qu’elle n’ai pas été enlevé dans l’appartement, que ça se soit passé à l’extérieur !

Agamemnon… Elle adorait ce prénom, et avait dû faire face aux réticences de son mari et ajouter un second prénom plus conventionnel, Sébastien.

Agamemnon Sébastien Pertuisane…
 

Evoquer son fils lui remonta le moral, et elle trouva le courage de crier avant de sombrer brutalement dans un nouveau sommeil profond… Elle ne vit donc pas deux hommes et une femme entrer dans sa chambre et s’approcher de son corps ligoté…

 
[à suivre…]
 
Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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Samedi 10 septembre 2005 6 10 /09 /2005 00:00

Mauricia Pertuisane se réveilla, toujours attachée, toujours avec cette incroyable sensation de fatigue, toujours abrutie par elle ne savait quelle drogue, mais avec la sensation d’être propre. Les salauds ! Ils avaient profité de son absence pour la laver ! Et ils l’avaient peut-être même violé… A la réflexion, non. Elle l’aurait ressenti. Et comme elle n’était pas sujette à la paranoïa, elle se raisonna.

 

Mais où était-elle ? Où se trouvait cet enfer ? Depuis combien de temps était-elle là, combien de temps avait-elle dormi, pourquoi avait-elle mal au visage, pourquoi était-elle attachée, et qu’attendait-on d’elle ? Des larmes ne coulèrent pas le long de ses joues… Elle se sentait sèche comme une plante laissée trop longtemps en plein soleil…

 

Il fallait faire quelque chose, trouver un moyen d’agir… Elle allait hurler jusqu’à que quelqu’un vienne et elle lui poserait toutes ces questions… A la réflexion, cela ne lui sembla pas être une bonne idée… Il valait mieux qu’elle soit moins fatiguée… Elle voulait être au maximum de sa forme pour bien faire comprendre à ceux qui la retenaient ici contre son gré qu’elle n’était pas d’accord avec ce traitement.

 

Bon, il fallait donc maintenant rester éveiller… Elle choisi de chercher dans ses souvenirs… Le mariage tiens ! Excellente idée, ça, de repenser au mariage ! Elle avait rencontré Edgar dans la boîte, il était stagiaire au service juridique alors qu’elle venait juste de commencer ! Un beau mec Edgar, puis sympa, puis attentionné. Rapidement, ils avaient formé des projets de mariage. Et il s’était marié en 2004, par un beau samedi du mois de juin (oui, Edgar était affreusement conventionnel). De toutes façons ils avaient emménagé ensemble 2 mois auparavant… Edgar travaillait beaucoup, il n’avait pas les mêmes horaires que Mauricia, mais il était relativement gentil. Très souvent fatigué, mais relativement gentil.

 

Elle se rappela aussi de l’accouchement, qui s’était très bien passé. Elle avait tout craint : la péridurale, la césarienne, l'hystérotomie segmentaire verticale, l'hystérotomie segmentaire horizontale, mais tout s’était finalement très bien déroulé… La suite avait été un peu plus délicate : elle avait été prise d’un énorme baby blues, qu’elle avait encore du mal à surmonter… Mais elle y arriverait, elle avait confiance, et elle aimait tellement son fils…

 

Ca y est ! tout lui était revenu ! Elle se rappelait maintenant des évènements, malgré l’écrasante fatigue qui l’envahissait : elle avait cessé de travailler grâce à un congé maternité, et l’après-midi de son enlèvement, elle avait reçu sa mère. Elles avaient discuté toutes les deux, sa mère était partie, et c’est là que tout s’était produit…


Oh mon dieu ! Elle poussa un grand cri (oui, comme dans les livres, style « hurlement de bête blessée »), se débattit tellement qu’elle arracha ses liens, se griffa la visage jusqu’au sang et continua de crier jusqu’à ce que deux personnes entrent dans la chambre en trombe pour lui faire une injection qui la fit sombrer immédiatement dans un sommeil aussi lourd qu’artificiel. Ensuite, tranquillement, ils lui remirent ses liens.

 

A trois mètres de la chambre dans laquelle Mauricia Pertuisane était attachée, dans un petit bureau éclairé par un unique halogène, deux policiers interrogeaient un médecin psychiatre pour savoir ce qui avait pu conduire une femme de 33 ans, apparemment saine d’esprit, à prendre son bébé par une cheville et à le frapper contre les carreaux de la cuisine jusqu’à lui briser le crâne, avant d’appeler les voisins et de se lacérer le visage avec une paire de ciseaux qui gisait à côté de son bébé mort…

 
Par Matthieu C. - Publié dans : Nouvelles
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