Mais alors, c'est quand le grand soir ?
Et c’est reparti pour 3 mois. Oui, 3 mois de guerre en France… L’état d’urgence, un truc qui est en principe très provisoire, a été prolongé de trois mois, sans réelle raison si l’on en croit les statistiques qui annoncent la baisse des violences dans les banlieues.
Alors que De Villepin avait annoncé qu’il n’y aurait aucun contrôle des médias, la police a annoncé qu’elle ne communiquerait plus les chiffres des voitures brûlées… Ben pourquoi ? Puisqu’il y en a de moins en moins ? L’état d’urgence, la seule réponse apportée par le gouvernement pour répondre à une révolte des pauvres. Oui, parce que là où ça brûle, y’a que des pauvres. Des pauvres blancs, des pauvres noirs, des pauvres arabes. Mais quand on est pauvre, la couleur de la peau importe peu. La misère se moque de la couleur de peau et des origines. Contrairement à la France, la misère fait un énorme travail d’intégration : les pauvres sont tous égaux entre eux. Bon, ils sont pas égaux avec les autres membres de la société, mais faut pas abuser non plus. Fallait pas y croire à la jolie devise « liberté, égalité, fraternité ». Parce que de liberté, il y en a de moins en moins (et encore moins avec l’état d’urgence), d’égalité je ne sais pas s’il y en a eu un jour, et la fraternité, l’ensemble de la classe politique s’est torchée le cul avec afin de mieux profiter de cette occasion pour faire de la basse politique.
Y’a un réel malaise quand même. Parce que quand on en vient à brûler des écoles maternelles, les bagnoles des voisins, c’est qu’il y a quelque chose non ? Faut vraiment se sentir acculé, surtout avec les directives du ministère de l’intérieur, qui prône la fermeté à tout va. Du coup, un type qui a été accusé, par lettre anonyme, d’avoir vendu un bidon d’essence à des révoltés est passé en jugement. Bon, il a été acquitté. Mais c’est quoi cette justice avec ces lettres de dénonciation ? Et les jeunes qui prennent 4 ans de tôles à 20 ans, pour avoir incendié deux magasins, de nuit (et ces magasins sont assurés, faut pas s’inquiéter pour ça) ? Et ceux qui vont au lycée et qui prennent 4 mois ferme ? Ca c’est de la réponse.
Un autre truc, avec l’absence étonnante de Chirac (qui, comme le disait je ne sais plus quel journal, a gagné grâce à la fracture sociale en 1995, à l’insécurité en 2002, et qui, aujourd’hui, récolte l’insécurité causée par la fracture sociale), c’est l’omniprésence de Sarkozy, qui, en fait, a bien surfé sur cette vague. Parce que dans ce beau pays de France, voyez-vous, il y a un Ministre de la jeunesse et des sports. Pas que des sports, de la jeunesse aussi. Et Jean-François Lamour, ministre ancien épéiste, est resté aussi muet q’une carpe ayant subi l’ablation des cordes vocales. En France, le ministre de la jeunesse, c’est le ministre de la police finalement.
Depuis la création de ces banlieues, pas un membre de la classe politique n’a voulu lancer un vrai projet sur ce sujet. Et maintenant que ça brûle, on effectue un gros virage à droite, avec des flics, des peines de prison disproportionnées, un ministre de l’intérieur qui gagne 11 points dans les sondages, une gauche absente, et on rend aux associations une partie de ce qu’on avait refusé de leur donner depuis 2002. Et Chirac découvre l’existence de villes ne construisant pas de logements sociaux.
Interdiction de rassemblements, non communication de chiffres relatifs à ces violences, perquisitions de jour comme de nuit, peines de prisons maximum pour tous les actes ayant un rapport proche ou lointain avec les émeutes, voilà l’état de droit droite en France.