Salauds de pauvres !
« La souffrance des SDF a une fonction de cohésion sociale. Elle crée un repoussoir et permet d'adresser à chacun le message suivant : regardez ce que vous deviendrez si vous ne suivez pas le bon chemin, celui du travail et de l'intégration sociale... »
Ceci est extrait d’une excellente interview de Patrick Declerck donné au Nouvel Observateur, à propos de la sortie de son livre « Le sang nouveau est arrivé » (NRF, 91 p., 5,50 euros)
Hier et aujourd’hui ont lieu des collectes de denrées non périssables dans les supermarchés au profit de la banque alimentaire, denrées qui seront ensuite redistribuées aux associations venant en aide aux pauvres. Et c’est là toute la perversion du système : Vous allez faire vos courses dans ce qui est un temple de la consommation. Là, vous allez acheter de la nourriture en plus pour donner à une association venant en aide à ceux qui n’ont pas à manger. C’est à dire que vous allez donner de l’argent à une entreprise capitaliste pour pallier les manquements de l’Etat. Parce que assurer le minimum à chacun, au départ, c’est le boulot de l’Etat. A travers les assistantes sociales. Jeudi, sur France Info, je ne sais plus qui (un directeur d’association ou quelque chose comme ça) a indiqué que les assistantes sociales (vous savez, les feignasses qui vivent sur les dos des pauvres) renvoyaient ceux qui venaient demander des secours alimentaires vers les associations. Qui s’institutionnalisent et assument une mission de l’Etat.
Mais qui sont ces gens qui sont aidés justement ? Autrefois, on les appelait les gueux, les miséreux, les pauvres, les clodos… Aujourd’hui, comme le remarque Martin Hirche dans son « manifeste contre la pauvreté », ils sont appelés en fonction de ce qui leur sert à survivre dans leur misère, de leurs allocations : ainsi, il y a les smicards, les Rmistes… Ces pauvres qui perdent leur identité propre pour devenir la continuation de leur subside. Cachez ce pauvre que je ne saurais voir…
Le week-end dernier, un SDF est mort de froid. Avant-hier aussi. Avant-hier, c’était un gars qui s’était fait expulsé depuis quelques semaines, qui dormait dans sa voiture. Pour ses obsèques, il aura droit au cercueil des indigents, c’est à dire le cercueil le moins cher (en contreplaqué) auquel on a ôté tous les éléments intérieurs (le coussin, le capitonnage) mais auquel on laisse la bâche qui retiendra à l’intérieur du cercueil tous les liquides qui se seront écoulés des orifices du mort (oui parce que bien sûr, il aura pas été bouché). Un SDF… Il n’avait pas de prénom, ni de nom, puisqu’il était SDF. Une raclure, une sous-merde, un enculé de pauvre…
Le préambule de la Constitution de 1948, rappelé par la Constitution actuelle, proclame des principes comme particulièrement nécessaires à notre temps, dont les suivants :
10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
11. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
C’est beau ces trucs, surtout « la Nation-avec-un-N-majuscule assure à l’individu les conditions nécessaires à son développement »… Que la Nation-avec-un-N-majuscule commence par assurer la survie de l’individu, le reste, on verra après.