Kaspar le tyrolien
Chez Arte, le directeur des programmes a totalement pété les plombs. Le premier janvier, il a décidé de diffuser à 15 h 30 « L’hiver des enfants », un film qui ferait passer La liste de Schindler pour une folle comédie digne des pires Mocky. Mais comme faut pas oublier non plus que c’est la nouvelle année, ils ont laissé le logo de noël d’Arte pendant tout le film (un arte écrit en lettre d’or souligné par du houx couleur or également).
C’est tellement triste qu’au début, le réalisateur avait pensé à mettre les roses blanches au générique, puis il s’est ravisé, trouvant cette chanson beaucoup trop joyeuse et entraînante pour son film. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un truc aussi triste… Le film a duré deux heures et au point où j’en étais, j’aurais pu zapper sur France 2 et applaudir Gérard Holz au journal du Dakar. C’est dire.
Bon alors l’histoire : dans les années 1890, un petit garçon, Kaspar, vit misérablement avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs (oh oh, c’est ça le vrai bonheur comme aurait chanté Claude François avant qu’il ne joue à faire la boule à facette dans sa salle de bain) dans le Tyrol. Un jour, alors que son père (qui s’appelle Anton, et qui est donc « der Anton aus Tyrol » comme l’a si bien chanté DJ OTZI) l’emmène avec lui dans la forêt (il est bûcheron à ses heures perdues), une avalanche se produit, et sous la neige, ils trouvent le corps de la maman (là, le film a commencé il y a environ 15 minutes, ça met tout de suite dans l’ambiance). Elle est morte, et ne pourra donc plus ramener d’argent. Le prêtre du village essaie de convaincre le père du gamin de le vendre aux souabes, les paysans du sud ouest de l’Allemagne. Le père refuse dans un premier temps, mais est ensuite contraint de le vendre 30 marks. Les schwabenkinder étaient ainsi vendus pour une saison à ces paysans, où ils étaient plus ou moins esclaves (et plutôt plus que moins d’ailleurs). Déjà, pour aller du Tyrol en souabie, c’est le bordel, il faut traverser la montagne, vaincre la neige et le froid. Certains enfants mourraient dans ces neiges. Pas Kaspar (heureusement, sinon le film n’aurait pas pu durer 2 heures), qui se lie d’amitié avec Magdalena, une fille un peu plus âgée que lui qui refuse de se faire embaucher par des paysans, qui veut être au service d’un maître à la ville, ce qu’elle réussit finalement.
Kaspar se retrouve acheté par une espèce de gros connard, et employé dans cette ferme avec trois autres esclaves adultes (dont un imbécile qui bégaie et qui est totalement abruti) qui leur en fait baver autant qu’il le peut (tout en se signant à la moindre occasion). Ainsi, à un qui a cassé la charrette (et qui ne peut bien sûr pas rembourser), il propose de choisir sa punition : soit 10 coup de bâton, soit passer la nuit attacher à la chaîne du chien. Ce qu’il choisit. Pour Kaspar, ce n’est guère mieux, puisqu’il est contraint d’aller dormir dans une cabane, étant donné qu’il faisait pipi au lit.
Ce film raconte tout ça avec énormément de dignité, et même si le père meurt à la fin une fois pardonné par son fils (ce qui est un peu cucul la praline quand même), on a droit à une leçon d’histoire d’une époque et d’une région relativement méconnus (la vente sera interdite juste avant la première guerre mondiale, mais des enfants continueront à être vendus jusque dans les années 40).