Pour Boubacar
Hier, un enfant est mort. Bon, en fait, hier, des milliers d’enfants sont morts. Mais il y en a un qui est mort parce que deux connards dans une voiture participaient à un putain de rallye où le but est d’être le premier enculé à arriver à Dakar.
Il y a 20 ans, mourraient Thierry Sabine et Daniel Balavoine, deux pauvres cons qui n’avaient rien d’autre à foutre de leur temps pour combler leur ennui profond qu’organiser une course pittoresque dans le désert. Pittoresque pour les types qui ont les moyens de ramasser 125.000 euros pour pouvoir aligner leur voiture au départ, pas pour les africains. Alors, bien sûr, on va nous resservir le vieil argument : « oui, mais pendant le Paris-Dakar, des choses (comme des pompes à eau) sont apportées aux villageois qui n’ont rien ». Cet argument qui n’en est pas un me rappelle étrangement des arguments pédophiles : « oui, cette gosse de 10 ans m’a sucé la bite pour 10 $, mais ça fait vivre toute sa famille »…
Il n’y a pas d’autre moyen d’aider que de balancer en plein désert des gens qui ne savent plus ni quoi faire de leur temps ni quoi faire de leur argent ? Des mecs qui viennent s’amuser en Afrique, et éclater des gosses de 10 ans ?
Oui, parce que Boubacar Diallo avait une dizaine d’année. Il était venu rêver devant ces voitures puant le fric, l’arrogance et le mépris (à ce sujet, lire ici). Il a traversé la route, une voiture l’a percuté, il est mort pendant son transport en hélicoptère à l’hôpital. Bien sûr, il a traversé. Oui parce que les organisateurs de cette tuerie ne s’embarrasse pas avec les mesures de sécurité pour les populations autochtones : on s’en fout, c’est des nègres ! Puis ils sont tellement nombreux ! Il ne rêvera plus, ne sera jamais quelqu’un, n’amènera jamais ses enfants regarder ces voitures qui roulent à 130 dans la brousse… Il ne verra plus jamais rien, il est en train de pourrir dans un trou quelconque.
Lundi dernier, pourtant, tout avait bien commencé : un motard, Andy Caldecott, était mort (oui, je m’en réjoui, et non, je n’ai pas honte) : un type qui voulait absolument participer, qui connaissait les risques du rallye, qui maîtrisait les tenants et les aboutissants de son engagement. Ben il s’est viandé avec sa moto, il est mort. Mais c’est bien fait pour sa gueule ! C’est dommage qu’il soit australien, j’aurai volontiers été cracher sur sa tombe.
Mardi dernier, en hommage au disparu, l’étape moto était neutralisée. C'est-à-dire qu’il n’y avait pas de course pour les motos.
Aujourd’hui, les voitures ont pris le départ de l’étape. Parce que ce n’était qu’un enfant noir, et qu’il manquerait plus qu’on se fasse chier pour des nègres… Et quelque part, loin des caméras de France 2, des parents pleurent leur enfant, fauchés par deux enculés de leur race à bord d’une putain de bagnole participant à une course de connards.