Ilan Halimi est mort au bureau
Et oui, au bureau, rien n’a changé depuis la dernière fois où je vous en parlais. Même mieux, personne ne s’est amélioré (et moi non plus, bien évidemment). La semaine dernière, je ne me souviens pas qui a lancé le débat sur la mort d’Ilan Halimi (et ce n’est pas moi). Quelqu’un qui se plaignait que maintenant, on parlait d’un crime antisémite.
C’était édifiant cette discussion.
Celle dont le prénom commence par Si et fini par mone (oui, celle qui cherchait la touche ‘rien’ sur son clavier) a décrété qu’elle en avait marre. Parce que c’est vrai quoi, des fois, on se demande, bon, c’était pas pour dire, mais quand même, des fois on a l’impression qu’ils le font un peu exprès, à se promener avec un chapeau et des papillotes. Non mais on est en France quand même. C’est comme les arabes d’ailleurs, elle a rien contre, mais quand son fils a été manifesté après le 21 avril, ben il s’est fait voler son sac par un arabe, alors qu’il avait été manifester pour eux quand même. Mais les juifs, on a l’impression qu’ils cherchent les problèmes quand même. En plus, c’est eux qui ont l’argent, bien sûr, y’a qu’à voir le nom des banquiers, et il y a des quartiers entiers de juifs dans certaines villes.
Un autre membre émérite a ajouté qu’on se demandait d’où ils tenaient tout leur argent, puisque, après la seconde guerre mondiale, ceux qui sont revenus ont racheté des immeubles, alors qu’ils étaient censés ne rien avoir. Ce doivent être les américains qui ont financé. Et puis, les juifs pauvres n’existent pas. Et, ancien membre du PC, il a ajouté qu’il avait connu des juifs au parti, mais des intellectuels, des professions libérales, et pas un ouvrier. Lorsque j’ai eu l’audace de dire qu’il y avait certainement des ouvriers juifs quelque part, il m’a assuré du contraire. Et de toutes façons, les kibboutzim ne sont plus occupés par des juifs, mais par des arabes.
C’est rigolo l’argument des ouvriers et des juifs pauvres. Parce qu’il faut avoir une mentalité assez particulière pour demander aux juifs que l’on côtoie leur profession, pour avoir le plaisir de les ranger dans la catégorie ‘professions à fric’.
Un autre collègue m'a quasiment crié dessus que "les juifs [puaient] le fric", qu'il n'y a qu'à voir certaines rues commerçantes qui ne sont tenues que par des juifs. Il aurait été inutile de lui parler des juifs de Créteil qui habitent dans une cité pas terrible, qui se trimballent en métro avec une casquette au dessus de la kipa, casquette qu'ils enlèvent dès qu'ils ont quitté le métro.
De ceux qui viennent sur ce blog, je sais que certains sont juifs. Il y en a qui sont juif et je ne le sais même pas. Ben il ne me viendrait pas à l’idée de demander la profession des gens qui viennent sur ce blog, pas plus que de demander un certificat de judéité.
J’aurais presque pu intituler ce post « chronique de l’antisémitisme ordinaire », mais on aurait prit ça pour un amalgame.