Quand j'étais un petit garçon...
Quand jétais petit, je voulais devenir archéologue. Aller en Egypte, gratter le sable avec une brosse à dents pour trouver des trésor, des masques, des momies, mettre à jour de nouvelles pyramides, bref, un archéologue de génie. Ben oui, tant quà rêver, autant avoir un peu dambition.
Maintenant, la seule chose que je gratte, ce sont des papiers. On a peut-être les grattages quon mérite.
Jai modifié mes rêves en fait.
Quand jétais petit, je pensais que je fonderai une famille, avec une femme jolie et deux enfants. Pas plus de deux enfants je voulais, parce que après cest beaucoup de boulot. Et puis deux garçons, pas de fille. Cest trop chiant une fille.
Et puis, je me suis peu à peu rendu compte que je naurai pas de femme. Que je préférai les garçons. Et puis jai rencontré un garçon mieux que les autres. Et puis jai aménagé avec lui. Et puis je suis bien avec lui. Et en plus, je ne supporte pas les enfants qui crient et qui pleurent quand ils se sont chiés dessus.
Jai changé en fait.
Quand jétais petit, je minquiétais de savoir si les gens que jaimais bien ou pas étaient chrétiens ou non. Et de savoir que Dorothée nétait peut-être pas chrétienne mavait plongé dans des abîmes de perplexité : comment cette femme pouvait ne pas connaître Dieu, avec une majuscule à Dieu sil vous plaît ?
Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte que ce quon appelait « foi » était en fait un joli nom pour « endoctrinement », que la pensée religieuse ne valait pas mieux que la pensée politique la plus extrême, et que les religions napportaient ni bonheur ni libération, mais simplement une espèce de soumission bêleuse.
Jai évolué en fait.
Quand jétais petit, je croyais que les profs et les instits étaient des gens qui ne vivaient pas comme nous. Des gens qui navaient pas de problèmes (ben non, ils ne pouvaient pas en avoir, puisquils représentaient lautorité suprême dans la classe, une sorte de dieu pour non-croyants, et comment dieu pourrait-il être à découvert, ou avoir sa télé en panne ?) et qui passaient leurs temps, en dehors de la classe, avec des gens comme eux, des profs ou des instits, à parler des enfants qui composaient leurs classes.
Et puis, je me suis rendu compte que ceux qui étaient profs nétaient que des gens qui avaient passé un concours, peut-être plus ou moins par hasard, qui avaient réussi, et qui étaient tout autant névrosé que le reste des gens qui composent la société. Des gens comme les autres.
Jai appris la lucidité en fait.
Quand jétais petit, je pensais que les adultes étaient des gens qui parlaient de pleins de choses importantes entre eux, des gens qui ne mentaient jamais et qui ne se faisaient jamais de coups bas. Des gens pleins dhonnêteté et de gentillesse.
Et puis jai vu quen fait, on dit que les enfants sont cruels, mais les adultes le sont encore plus. Les enfants sont francs, les adultes non. Cest ce qui leur fait croire quils sont meilleurs et plus sympas.
Jai grandi en fait.
Tout ça pour dire quaujourdhui cest mon anniversaire.
En fait, je vieillis.
Matthieu