Mourir, cela nest rien, mourir, la belle affaire, mais vieillir (Jacques Brel)
Hier soir, sur France 3, une émission sur les vieux. Mais attention, pas un émission frelatée avec une vieille pétée de tunes qui vient nous dire quil faut donner du fric (pendant quelle prend des avions gratos pour aller voir la plus grosse omelette aux truffes du monde - authentique).
Non, une vraie émission, avec de la vraie émotion et des vrais gens. Le thème, cétaient trois jeunes qui passent un BEP sanitaire et social qui font un stage dans une maison de retraite :
Yavait une espèce de conne pimbêche à qui une vieille dame a demandé :
- Cest quoi vos rêves dans la vie ?
- Pour linstant jai pas de rêve, a répondu cette pauvre fille qui a eu du mal à comprendre la question, étant donné que ça ne figure pas dans les tests de "Jeune et Jolie".
- MAIS CEST A VOTRE AGE QUIL FAUT REVER la disputé la mamie, qui elle, avait des rêves de jeunesse à revendre.
Yavait une autre fille un peu effacée, mais yavait surtout Walid, un jeune « de banlieue » comme disait le programme télé. Il était vraiment bien lui, et dune tendresse Par exemple, il veut habiller madame Laurent :
- Allez mame Laurent, on va vous habiller.
- Laissez-moi, cest fini. Cest la fin.
Brel chantait « les vieux ne rêvent plus, ou alors seulement, parfois du bout des yeux » Et ben non. Les vieux quon a vu rêvent encore, et ensemble. Ainsi monsieur Pagonni qui lisait un magazine dans la chapelle, en attendant que la messe soit terminée, et que madame Fangeot ait fini de prier. Pour eux, lui a-t-elle dit en venant le chercher. Et monsieur Pagonni, qui se fout de la messe comme de sa première cigarette a écrasé une larme devant cette déclaration qui valait tous les poèmes du monde.
On revoit, quelques instants plus tard, ce couple qui sest formé à la maison de retraite. Ils nont pas grand-chose à se dire, les souvenirs accumulés chacun de son côté laissent peu de place à un couple, alors ils regardent lheure. Enfin, madame Fangeot regarde lheure.
- Il est 10 h 10.
- Cest vrai ?
- Ben oui, jte ment pas.
- Cest vrai, tu me ment jamais.
Monsieur Pagonni encore, à qui Walid disait :
- Redressez-vous sil vous plaît.
Le vieux monsieur Pagonni a répondu :
- Cest pas « sil vous plaît » quil faut me dire, cest « si vous pouvez ».
Walid na pas laissé tombé avec madame Laurent (celle pour qui cétait la fin), il la habillée, et elle était finalement toute heureuse de regarder de vieilles photos avec Walid :
- Cest qui cette belle femme mame Laurent ?
- Cest moi.
- Vous étiez rudement belle.
Sur le tourne disque dans la salle commune, Lucienne Delyle chante « mon amant de Saint Jean » : « Car on croit toujours / aux doux mots damours / quand ils sont dit avec les yeux »
Et m'ame Laurent, cette femme plus ridée quune vieille pomme flétrie est redevenue belle en cet instant.