Et si Le Pen avait raison?
Ben oui, on peut se poser la question. Parce que à force de raconter tout et n'importe quoi, Le Pen finira bien par dire quelque chose de vrai, de la même façon qu'une pendule arrêtée donne l'heure exacte deux fois par jour. Alors, le grand moment est-il arrivé ? Avant réflexion, oui.
- En France du moins, l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés.
Ben oui, ai-je pensé juste après avoir lu cette phrase. Ben non, ai-je pensé quelques secondes après. Cette phrase, générale et vague, semble sortie toute droite (mais alors (mais alors, très droites et avec le bras droit levé) d'une discussion de café. Et sur ce coup là, Le Pen a raison a priori : en France, l'occupation allemande a été moins inhumaine qu'en Pologne par exemple. Mais cette phrase est en fait erronée : Le Pen pense qu'il existe un degré d'inhumanité. D'après lui donc, des inhumanités sont condamnables, d'autres pas. Le problème, c'est la généralisation : en fait, l'occupation a été inhumaine, parce que c'était l'occupation d'un pays par un autre, et parce qu'il y a eu des exactions. Il n'y a pas d'échelle de l'inhumanité. Ce serait un peu comme dire : " Non, mais Emile Louis est moins inhumain que Francis Heaulme, il a tué moins de monde".
- si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l'affirme la vulgate, il n'y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques.
Euh, ben oui évidemment. Si tous les gens avaient été tués, il n'y aurait pas eu besoin de les envoyer mourir en Allemagne. Là encore, a priori, Le Pen a raison. Mais en fait, il semble dire " non, mais une exécution massive, ça va, c'est quand y'en a beaucoup que ça va plus ". Que les allemands aient multiplié ou pas les exécutions massives, l'exécution massive reste un crime de guerre (et pas un crime contre l'humanité, celui-ci restant soumis au critère ethnique. D'où la connerie de ceux qui veulent porter plainte pour "négation de crime contre l'humanité").
- A propos des chambres à gaz : je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la deuxième guerre mondiale.
Oui, effectivement, encore une fois, a priori, Le Pen a raison. Ce qu'il dit, ce n'est pas que les morts dans les chambres à gaz sont un point de détail, mais que la chambre à gaz en tant que moyen de tuer est un détail. En effet, si les gens morts dans les chambres à gaz avaient été fusillés ou pendu, le détail, ça aurait été la fusillade ou la pendaison. Et en fait non. La chambre a gaz ne peut pas être un détail à cause de son caractère réfléchi, scientifique et systématique. Ce qui n'est pas le cas de la pendaison, par exemple.
Ce qui est étonnant, ce que l'on s'étonne encore que Le Pen puisse tenir de telles propos. Alors on a droit aux réactions indignées de la classe politique. Mais ils attendaient quoi de Le Pen ? Qu'il parle de l'amitié entre les peuples ? Qu'il parle de fraternité universelle ? Soyons réaliste : tout le monde s'en fout que Le Pen parle de fraternité. Si jamais il en parlais, ça passerait inaperçu. Alors, il existe par la provocation odieuse. Le jour où on parlera de Le Pen comme des autres leader politiques, il n'aura plus besoin de dire des monstruosités pour exister.
Matthieu