Etre le meilleur...
Les championnats du monde d’athlétisme à Helsinki ont été une nouvelle fois le théâtre de drames, de défaites, mais aussi de joies et de victoires… On a ainsi pu voir l’homme le plus « vite » du monde, l’homme le plus « loin » du monde (oui, parce que curieusement, « vite » et « loin » sont devenus des adjectifs qualificatifs), bref, les meilleurs. Mais ces hommes sont-ils vraiment les meilleurs ?
Prenons le 100 mètres hommes valides : il s’agit, pour un être humain de sexe masculin, de courir la distance de 100 mètres, en partant arrêté et accroupi les doigts derrière une ligne, appelée ligne de départ, et située à exactement 100 mètres d’une autre ligne appelée ligne d’arrivée. Pour ce faire, l’homme doit être habillé et porter deux dossards. Il aura les pieds dans des starting blocs, et sa course se déroule dans un stade pleins avec des gens qui hurlent. C'est-à-dire des conditions assez particulières. De plus, la course aura lieu non pas lorsque les participants seront au mieux, mais lorsque les organisateurs l’auront décidé. C'est-à-dire qu’en fait, on peut voir le vainqueur du 100 mètres hommes valides et habillés avec départ arrêté dans un stade bondé avec départ donné aléatoirement par un être humain et non pas l’homme le plus rapide du monde. En effet, à la même heure, quelque part ailleurs, un autre homme a couru le 100 mètres plus rapidement (si si, c’est possible : par exemple, un athlète qui n’a pas été qualifié aux championnats du monde pour une raison quelconque et qui s’entraîne, et qui court 112 mètres, ses 100 derniers mètres seront peut-être plus rapides que ceux de l’homme le plus vite du monde).
A la limite, le nain hydrocéphale qui court le 100 mètre avec un bonnet rouge et un survêtement vert en 23 secondes 94 est aussi l’homme le plus rapide du monde : il est l’être humain de sexe masculin nain et hydrocéphale qui court avec un bonnet rouge et un survêtement vert le plus vite le 100 mètres.
Et puis, l'homme le plus rapide du monde... Pourquoi devrais-je croire ça ? Qu'est-ce qui me prouve que mon voisin, Jacques Hasenfratz, ne court pas le 100 mètres en moins de 9,76 secondes ? Comment est-ce que je peux être sûr de ça ? Bon, je veux bien que mon voisin ne soit pas particulièrement entraîné à courir le 100 mètres, mais dans d'autres conditions que celles fixées arbitrairement par le règlement (le stade, le revêtement, la ligne de départ, les starting-bloc et le temps de réaction), pourquoi ne serait-il pas le plus rapide ? Pourquoi ce brave monsieur Hasenfratz ne pourrait-il pas courrir plus vite que Asafa Powell ?
En fait, la question est surtout: qu'est-ce que le meilleur ? Qu'est-ce qui me permet de dire que tel homme est le meilleur du monde dans tel ou tel domaine ?
Tout ça pour dire quoi ? Que le meilleur, finalement, n'existe pas.
Matthieu