Seul dans Berlin
Loin du bordel médiatique déclenché par la commémoration de la libération des camps, loin de PPDA marchant en direct sur la voie de chemin de fer devant Auschwitz, un livre de Primo Levi à la main, loin des cérémonies commémoratives commentées (comment peut-on foutre des gens pour commenter une cérémonie), je vous propose quelques livres.
Aujourdhui, un roman, qui ne parle pas des camps de concentration, qui nest pas larmoyant comme un commentateur télé à Auschwitz, un livre sobre et digne qui parle de la résistance allemande face aux nazis : Seul dans Berlin, de Hans Fallada.
De ce livre, Primo Levi disait quil était « lun des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ».
Personnellement, je trouve que ce livre est aussi une farce. Mais pas une farce drôle, une farce terrible et sombre, une farce dont on sait quelle va mal se terminer.
En fait, je suis un peu inquiet à lidée de parler de ce livre. Ben oui, si jen parle pas assez bien, vous naurez pas envie de le lire (alors que tout le mal que jai pu dire sur Bernard Werbera aiguisé la curiosité de certaines personnes, et les a poussé à acheter une chose de Bernard Werber. Oui, je dis une chose, parce quun livre, cest ce dont je vais vous parler maintenant).
Nous sommes en mai 1940. LAllemagne du Reich triomphe partout. Pourtant, dans un immeuble berlinois, des gens continuent à vivre. On trouve les Quangel, les Persicke, Mme Rosenthal, le conseiller Fromm.
Mme Rosenthal, juive, va se cacher quelques temps chez le conseiller Fromm, un personnage un peu énigmatique. Hans Fallada arrive à nous faire vivre les angoisses de cette vieille dame, qui nen peut plus de se cacher, et qui va se jeter dans lagueule du loup.
Le loup justement, cest Baldur Persicke, un jeune SS, qui, va dépouiller Mme Rosenthal, terroriser lesconnards qui composent sa famille (des rapaces avides dor).
Et puis, les Quangel. Anna et Otto. Leurs fils unique est mort, à la guerre. Ce sont eux les personnages principaux de cette cruelle farce. Parce quils vont se venger, à leur manière. Ce couple discret va distribuer des tracts antinazis dans Berlin.
Ils vont se lancer dans la fabrication de ces tracts, car tous seront écris à la main, puis distribués en cachette. En fait, ils ne seront même pas distribués, mais déposés, comme tombés, dans divers endroits de Berlin. De peur, personne ne lira ces tracts,ce qui rend le travail des Quangel encore plus pathétique. En fait, si, quelquun les lira : la gestapo. Et tout ça finira mal.
« Trois minutes plus tard, lacteur Max Harteisen se trouvait dans la cage descalier, et, fort embarrassé, tenait une carte où étaient écrits ces mots : « Mère, le Führer ma tué mon fils
»
« Juste ciel ! sedit-il, quel est donc lhomme qui écrit des choses de ce genre ? Il doit être fou ! Il risque sa vie. »
Involontairement, il retourna la carte. Mais il ny avait aucune mention dexpéditeur ni de destinataire. [
]
Lacteur leva la tête, au passage de lascenseur. Son premier mouvement fut de mettre la carte en poche. Sa ravisant aussitôt, il voulu la remettre sur lappui de fenêtre. Mais, de lascenseur, ne lavait-on pas vu et même reconnu la carte en main ? Si on trouvait celle-ci, comment pourrait-il prouver quil nen était pas lauteur ? »
Dans ce livre, lespoir meurt, une lutte ridicule sengage, personne ne gagne.