La frontière (troisième partie)
Mauricia Pertuisane se réveilla, toujours attachée, toujours avec cette incroyable sensation de fatigue, toujours abrutie par elle ne savait quelle drogue, mais avec la sensation d’être propre. Les salauds ! Ils avaient profité de son absence pour la laver ! Et ils l’avaient peut-être même violé… A la réflexion, non. Elle l’aurait ressenti. Et comme elle n’était pas sujette à la paranoïa, elle se raisonna.
Mais où était-elle ? Où se trouvait cet enfer ? Depuis combien de temps était-elle là, combien de temps avait-elle dormi, pourquoi avait-elle mal au visage, pourquoi était-elle attachée, et qu’attendait-on d’elle ? Des larmes ne coulèrent pas le long de ses joues… Elle se sentait sèche comme une plante laissée trop longtemps en plein soleil…
Il fallait faire quelque chose, trouver un moyen d’agir… Elle allait hurler jusqu’à que quelqu’un vienne et elle lui poserait toutes ces questions… A la réflexion, cela ne lui sembla pas être une bonne idée… Il valait mieux qu’elle soit moins fatiguée… Elle voulait être au maximum de sa forme pour bien faire comprendre à ceux qui la retenaient ici contre son gré qu’elle n’était pas d’accord avec ce traitement.
Bon, il fallait donc maintenant rester éveiller… Elle choisi de chercher dans ses souvenirs… Le mariage tiens ! Excellente idée, ça, de repenser au mariage ! Elle avait rencontré Edgar dans la boîte, il était stagiaire au service juridique alors qu’elle venait juste de commencer ! Un beau mec Edgar, puis sympa, puis attentionné. Rapidement, ils avaient formé des projets de mariage. Et il s’était marié en 2004, par un beau samedi du mois de juin (oui, Edgar était affreusement conventionnel). De toutes façons ils avaient emménagé ensemble 2 mois auparavant… Edgar travaillait beaucoup, il n’avait pas les mêmes horaires que Mauricia, mais il était relativement gentil. Très souvent fatigué, mais relativement gentil.
Elle se rappela aussi de l’accouchement, qui s’était très bien passé. Elle avait tout craint : la péridurale, la césarienne, l'hystérotomie segmentaire verticale, l'hystérotomie segmentaire horizontale, mais tout s’était finalement très bien déroulé… La suite avait été un peu plus délicate : elle avait été prise d’un énorme baby blues, qu’elle avait encore du mal à surmonter… Mais elle y arriverait, elle avait confiance, et elle aimait tellement son fils…
Ca y est ! tout lui était revenu ! Elle se rappelait maintenant des évènements, malgré l’écrasante fatigue qui l’envahissait : elle avait cessé de travailler grâce à un congé maternité, et l’après-midi de son enlèvement, elle avait reçu sa mère. Elles avaient discuté toutes les deux, sa mère était partie, et c’est là que tout s’était produit…
Oh mon dieu ! Elle poussa un grand cri (oui, comme dans les livres, style « hurlement de bête blessée »), se débattit tellement qu’elle arracha ses liens, se griffa la visage jusqu’au sang et continua de crier jusqu’à ce que deux personnes entrent dans la chambre en trombe pour lui faire une injection qui la fit sombrer immédiatement dans un sommeil aussi lourd qu’artificiel. Ensuite, tranquillement, ils lui remirent ses liens.
A trois mètres de la chambre dans laquelle Mauricia Pertuisane était attachée, dans un petit bureau éclairé par un unique halogène, deux policiers interrogeaient un médecin psychiatre pour savoir ce qui avait pu conduire une femme de 33 ans, apparemment saine d’esprit, à prendre son bébé par une cheville et à le frapper contre les carreaux de la cuisine jusqu’à lui briser le crâne, avant d’appeler les voisins et de se lacérer le visage avec une paire de ciseaux qui gisait à côté de son bébé mort…