Mail ouvert à Jacques Chirac
Cher monsieur Chirac ;
Vous mexcuserez de vous appeler cher, mais cest un terme que jemploie quand je parle à toute personne qui me présente ses vux de bonne année avec chaleur et sincérité.
Cest justement de chaleur dont je voudrais vous parler, et dannée aussi en fait.
Donc, nous sommes en 2005. Vous nous avez présenté vos vux, selon la tradition, le 31 au soir à la télévision.Vous nous avez même souhaité une bonne année. Et bien, je voudrais vous parler de ceux dont lannée ne sera pas bonne. Plus précisément, je voudrais vous parler de ceux pour qui lannée ne sera pas. Parce quils sont morts. De froid.
Dans notre pays, qui fait partie du G8, de lONU, et de tas dautres choses toutes aussi bien, pays également doté de nombreux conseils (économique et social, entre autres), en 2005, il y a des gens qui meurent de froid. Dans notre pays où 1 français sur deux est imposable au titre des revenus de lannée précédente, où tous les français paient la TVA, dans notre pays qui peut se venter dêtre un petit peu plus riche que le Bantou, il y a des gens qui meurent de froid. Et mourir de froid, ce nest pas quelque chose qui prend 5 minutes, un truc sans douleur ni rien. Non, parce que avant de mourir de froid, vous avez froid. Et, petit à petit, vous vous endormez, puis vous mourez. Et vous mourez alors que vous êtes en France en 2005. Pas parce que vous êtes en France en 1306, ou en Sibérie en 2005 (et bien sûr pas en Sibérie en 1306). Non, vous mourez simplement parce que rien nest fait, à part un ministre qui déclare que « la mobilisation est l'affaire de tous », et que les centres daccueils ne sont pas remplis à 100%. Nous en sommes ravis.
Mourir de froid en France en 2005, cest quand même un peu anachronique. Un peu comme être pour la royauté, ou pour le retour de la peine de mort. Mais cet anachronisme ne semble surprendre personne, puisque tout le monde sen fout. Ces sans domicile fixes (ces clodos en fait, mais clodo ça fait moche comme mot. Parce que vivre dans la rue, cest pas moche peut-être ?) nont même pas de nom. Ce sont les "SDF morts de froid". Pourquoi nont-ils pas de nom ? Vous ny êtes pour rien. Enfin, pour rien
Quand une société laisse mourir de froid certaines personnes, les gens qui dirigent cette société ny sont-ils réellement pour rien ? Une raison évoquée serait le fait que les SDF refusent de se laisser emmener dans un centre dhébergement. Vous avez certainement déjà visité un centre dhébergement. Sauf que pour vous, tout le monde était souriant, les locaux repeints à neuf et les clochards les plus bourrés cachés. Rien à voir avec un centre dhébergement un jour de fonctionnement normal. Ny a-t-il là rien à faire ? Rien à faire, en dehors de la création dun « Haut Conseil Social pour les Clodos qui Meurent de Froid (HCSCMF) » bien entendu. Un truc concret, ya pas ça ?
Je me rappelle avoir lu, à lécole primaire, un texte qui parlait de lan 2000, où on aurait des trottoirs roulants, où des robots feraient les tâches les plus ingrates à notre place. Et bien, en 2005, nous navons ni trottoirs roulants, ni robots, mais nous avons des gens qui meurent de froid. La question est donc : en quelle année ce ne sera plus de la science fiction dimaginer une société dans laquelle personne ne meurt de froid ?