Le prix de merde
Pour suivre le courant, jai décidé dattribuer moi aussi un prix. Ce sera le prix Crasse, récompensant le roman le plus merdique que jai lu cette année. (Mais qui ne sont pas paru cette année). Je décernerai ce prix depuis la pizzeria qui se trouve au bout de la rue, dans lequel le patron, enfermé dans sa chemise bleue auréolée sous les bras, boit son pastis directement à la bouteille. Vous êtes tous cordialement invités.
Alors, pour cette année 2004, les 5 nominés sont (ben oui, ya des nominés et un vainqueur. Cest un prix sérieux) :
1- Marc Lévy « Et si cétait vrai ». Lhistoire dun architecte qui découvre une femme dans le placard de sa salle de bain. Bon, cest un fantôme, mais il tombe amoureux de ce fantôme qui est en train de mourir dans un hôpital (en fait, cest pas le fantôme qui meurt, cest le corps du fantôme, parce que le fantôme nest pas encore mort). Un roman palpitant de connerie. De la vraie bouillie à la sauce Werber.
2- Hervé Guibert « Le mausolée des amants - Journal 1976-1991 ». La pauvre vie pathétique dHervé Guibert qui cherche à sautodétruire par divers moyen, diverses rencontres Pour rendre ce livre intéressant, Guibert ne cite aucun prénom. Il les remplace par des initiales. Un vomi intellectuel. Par contre, on est rassuré sur un point : Guibert est mort, il ne pondra donc pas dautres merdes.
3- Pascal Pellerin « Tout va bien ». Pascal Pellerin est lauteur du génial « tout ménerve ». « Tout va bien » en est la suite. Malheureusement, cette suite est bâclée, le dernier chapitre massacrant le reste du livre, pourtant oui, insipide, cest ça. Pellerin nous fait découvrir un héros plus hystérique quen colère, qui ferait passe les personnages de « Pédale douce » pour des héros dune sobriété monacale.
4- Michel Houellebecq « Extension du domaine de la lutte ». Un pauvre type, le narrateur, mène une pauvre vie dans une pauvre ville (un pauvre Paris) et fait de pauvres théories tout au long du livre. Moins intéressant, vous avez lannuaire (oui, vous avez aussi Bernard Werber, mais je ne peux pas le citer que pour un livre, il lui faudrait un prix pour lensemble de sa carrière).
5- William Faulkner « Sanctuaire ». Désolé, jai détesté ce livre mythique (et préfacé par Malraux) de ce prix Nobel (1950 ; en même temps, les prix Nobel, des fois, cest nimporte quoi). Lerrance de gens qui se font violer à laide dépis de maïs, ou lyncher, ou réduit en esclavage ne ma pas particulièrement intéressé. Jai dû louper quelque chose.
ET LE VAINQUEUR EST :
MARC LEVY pour « et si cétait vrai ». Le fait quil ait été le Jules de Mylène Farmer a peut-être contribué au succès de cet ancien architecte (en même temps, si ses ouvrages était bâtis comme ses livres, je comprends quil ait vite arrêté). Pourtant, pleins de gens se sont rués sur ses livres (mon dieu, quand je pense que ce qua écrit Romain Gary sappelle aussi « livre », jen ai des frissons) et il a connu un rapide succès. Ce livre sadresse principalement aux lectrices de Femme Actuelle, qui auraient envie, au moins une fois, davoir un livre sans images dans les mains. Marc Lévy, cest le cucul-la-praline élevé au rang dart, on baigne ici dans le bon sentiment comme un loukoum dans le miel.
Un extrait pour terminer (attention, cest très con) : « Lili nétait partir que depuis quelques heures, et déjà latmosphère sétait modifiée. Une résonance indescriptible, certaines odeurs, certaines couleurs semblaient se voiler pour mieux disparaître. Il faut graver nos mémoires, figer ces instants murmurait Antoine à voix basse, en montant lescalier ».
Ce serait sympa que Marc Lévy se voile pour mieux disparaître.