Que c’est triste un train qui siffle dans le soir

Publié le par Matthieu C.

Je ne sais pas s’il existe un endroit plus triste que les gares. A part les cimetières bien sûr. Et encore…

Parce que prendre le train, c’est toujours partir d’un endroit. Et personnellement, je préfère arriver que partir (et faire de la philosophie, ça va de soi). Et puis, comme dit l’autre, partir, c’est mourir un peu (et je ne sais plus qui a répondu «oui mais mourir c’est partir beaucoup»).

 

Non, franchement… et puis, jusqu’à ce que le train soit là, on n’est pas sûr de partir. Ben oui, à la SNCF, tout est réellement possible. Mais, des fois, le train est à l’heure, on n’est pas triste et on part (l’avantage de cette phrase, outre sa profondeur insondable, c’est qu’on peut changer les mots de place, ça veut toujours dire la même chose). Et des fois, on rencontre des gens.

Cette femme médecin à la retraite par exemple. Elle m’a parlé pendant deux heures (et deux heures avec une femme médecin qui tente continuellement de remettre son dentier en place avec sa langue, c’est long) des difficultés de vivre à Paris quand on a un grand appartement qui coûte un million d’euros et qu’on est seul avec ses meubles d’époque. Je n’ai pas osé lui parler de la difficulté de vivre à Vesoul dans un deux pièces avec des meubles d’époque Ikea, tout simplement parce que je n’ai jamais vécu à Vesoul.

Je me souviens aussi d’un TER dans lequel un seul compartiment était fumeur, tout le reste du train étant non fumeur. Une dame d’un certain âge (une chieuse) vient s’asseoir, et, au moment où j’allume ma cigarette, me dit « excusez-moi monsieur, je ne supporte pas l’odeur de la cigarette ». Moi, très poli : « Madame, l’ensemble du train est non fumeur, c’est quand même pas de chance que vous vous trouviez à côté de moi ». Elle me répond qu’elle n’a pas trouvé d’autre place assise, et je vais donc fumer en dehors du compartiment, avec les autres voyageurs de ce même compartiment. Un quart d’heure plus tard, voilà cette dame qui enlève ses chaussures. Je riais trop intérieurement pour lui dire : « excusez-moi madame, je ne supporte pas l’odeur des pieds ».

Je me souviens aussi de ma rencontre la plus sympa : un moine (là, je ne suis pas ironique). Franchement, un moine de 25-26 ans, qui parle de façon posé de sa vie et qui discute de façon aussi intéressante, je savais pas que c’était possible. Bon,on voyageait avec un jeune qui nous a expliqué comment faire sauter le verrou d’une BMW (avec une balle de ping-pong coupée en deux), explication qui a dû passionner le moine. Oui, on sait jamais !

Ce moine m’a raconté son quotidien (ballèze le quotidien d’un fransiscain quand même), des ses rigolades (oui, un moine peut rire. Bon, pas quand on raconte l’histoire des deux putesdans un ascenceur, mais bon…), d’un copain à lui, étudiant en médecine, qui se destinait à être neurologue, et qui a tout lâché pour devenir trappiste (c’est le pire : ils n’ont pas le droit de parler de toute la semaine, ils vivent seuls dans un hermitage).

 

C’est vrai, avec la SNCF, tout est possible.

Matthieu

Publié dans critiquons

Commenter cet article

pierre 28/03/2005 22:09

oui mais mourir c’est partir beaucoup

Ya aussi "martyre, c'est pourir un peu"...

abadidon 24/03/2005 20:36

Voilà une source d'inspiration intéressante... J'ai 5 heures à me taper en TGV... surtout ne pas dormir. Mais, j'y pense... je vais peut-être me retrouver dans le même train que toi ! Tu me reconnaîtras, je ne suis pas bonne-soeur !

mina 22/03/2005 20:57

Merci, tu m'as redonné envie de prendre le train!!
ps: les nones aussi peuvent être intéressantes!

Docteur Devo 22/03/2005 12:58

J'ai un grand pote frnaciscain, et franchement c'est pas des tristes, qu'on soit de la calotte ou pas!
Bel article.

Florian 22/03/2005 11:16

La SNCF a donc réussi à te faire préférer le train :)