It's ok to be gay

Publié le par Matthieu C.

C’est l’accroche d’une pub, que j’avais vu un jour dans un magazine gay (oui, pas dans “La Croix”) pour un numéro de téléphone, où, moyennant la modique somme de 0,53 € TTC la minute, vous pouvez entendre « Eric se faire prendre dans la douche par Kevin après l’entraînement de foot ». Mais en fait, le sujet n’est pas là (Eric et Kevin). Juste sur le « ok ».

 

En fait, je voudrais juste parler aux gens qui stigmatisent l’homosexualité, comparant les gays à des bêtes ou les vouant aux flammes de l’enfer. Oui, une sorte de lettre ouverte. J’aurais voulu leur dire plein de choses.

 

J’aurais voulu leur parler de ces noël dans la famille, où il faut nier le cadeau de Jules, la nouvelle montre. Pour déclarer que ce n’est qu’un truc qu’on s’est acheté le mois dernier, comme ça, sans aucune raison. Alors que c’est le cadeau de Jules.

 

J’aurais aussi voulu leur parler de ce réveillon et de ce jour de noël où il n’est pas possible de souhaiter un joyeux noël à Jules, parce que ses parents ne savent pas. Impossible de l’appeler donc, d’entendre sa voix souhaiter un bon noël, ou quelque chose dans le genre. Pas un mot. Peut-être un SMS, qui dégage autant de chaleur que Bernadette Chirac à un bal de charité.

 

J’aurais aussi voulu parler de la négation permanente de Jules vis-à-vis des gens comme eux, qui ne tolèrent même pas les gays dans leur monde. Le fait de toujours devoir dénier avoir une copine, et toujours être sur la défensive, toutefois en se taisant quand même. En fait, ne pas parler de Jules, faire comme s’il n’existait pas.

 

J’aurais aussi voulu parler de la peur quand on entend parler de l’agression d’une personne uniquement en raison de son orientation sexuelle, et de l’inquiétude de voir que rien n’est fait (ou que lorsque quelque chose est fait, une bande de connards tente par tous les moyens de s’opposer à une loi sur l’homophobie par exemple).

 

J’aurais aussi voulu leur dire que tous les homosexuels ne sont pas comme les camionneuses en débardeurs pleines de poils partout ou comme ces folles hystériques vêtues de roses, qui trémoussent leurs petits culs aux fenêtres des gens en hurlant « ouh ouh, je suis pédé ». Leur dire qu’en fait, la majorité ne ressemble pas à ces clichés vulgaires, mais oh combien utiles pour projeter le spectre de l’anormalité.

 

J’aurais aimé leur parler de ce qu’on ressent en face de réflexions du style « Si t’avais été, entre guillemets, normal, je sais pas si… » ou bien « oh, t’es homo ? ben j’espère que tu te protège ». De ce qu’on pense à ce moment là, de la différence entre ce qu’on voudrait répondre et ce qu’on répond.

 

Ouai, j’aurais voulu leur dire le poids du secret, des silences, des non-dits, des cachotteries, pour satisfaire les membres d’une société qui s’opposent à toute loi contre les discriminations en raison de l’orientation sexuelle, mais qui n’hésitent pas à avoir des relations sexuelles avec des mineures (oui, mais des filles, diront-ils pour se justifier).

 

Bien sûr, je n’aurais jamais l’occasion de le leur dire, c’était simplement mon vœux de noël.

 

Matthieu

Publié dans C'est pas drôle

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